Chanson
[Interview] Zaza Fournier et Alexandra Gatica : « C’est une espèce de colocation pour la soirée ! »

[Interview] Zaza Fournier et Alexandra Gatica : « C’est une espèce de colocation pour la soirée ! »

30 juin 2014 | PAR Camille Hispard

A l’occasion de leur co-plateau ce lundi 30 juin à 20h au Pan Piper, les deux pétillantes divas, comparses de l’Ultra Bal nous parlent de leur rencontre, de leurs inspirations et de leur cœur musical. Un bien beau moment pour deux chanteuses au grain atypique et aux envies brulantes.

 

 

Est-ce que vous pouvez nous expliquer le « concept » de la soirée ?

Alexandra Gatica : Ce n’est pas vraiment une soirée concept, c’est un co-plateau. Zaza a son nouveau set avec un nouveau plateau donc elle va présenter ses chansons à elle et moi, mes chansons à moi ! Après, il n’est pas impossible qu’on fasse deux trois trucs en commun…On va probablement commencer et finir ensemble mais on ne peut pas en dire plus ! En tout cas on joue une heure chacune.

Zaza Fournier : Oh ça oui ! Il est tout simple ! C’est une espèce de colocation pour la soirée! Finalement c’est une façon de faire se  rencontrer nos publics, en se présentant l’une et l’autre!

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Zaza : On s’est rencontrées dans le cadre de l’Ultra Bal. Alexandra y chantait déjà quand Fixi m’a proposé de venir un soir. Et comme toutes les chanteuses qui ont été invitées, je suis restée! C’est une belle bande…

Comment est né ce projet ?

Alexandra : En fait j’ai rencontré le directeur du Pan Piper qui m’avait vu avec le Quartet Buccal et je cherchais une salle pour faire de nouvelles choses. J’aime beaucoup l’idée du co-plateau, ça permet de  mélanger les publics de faire en sorte que les gens se rencontrent. Au départ, je pensais même faire une scène avec toutes les ultra girls. C’est peut-être quelque chose qui se fera à l’avenir !

Zaza : Au départ c’est surtout une histoire de jolie occasion, Alexandra a rencontré Alain Pare le directeur du Pan Piper qui lui a proposé une soirée, et c’est elle qui m’a proposé à son tour de venir poser ma valise le temps d’un soir. C’est chouette de faire des trucs avec les copines!

La sensualité dans la voix, le groove rock’n’roll de l’univers et des arrangements et les steppes désertiques en guise de décor artistique, il y a une vraie corrélation entre vous, en êtes-vous conscientes ?

Alexandra : On n’a pas vraiment de recul là-dessus. Zaza et moi on s’est connus à l’Ultra Bal mais on ne s’est jamais vu sur scène autrement que pour l’Ultra Bal. En revanche je sais, je sens qu’il y a des affinités musicales, une façon de voir les choses, presque une esthétique. Il y a des similitudes, c’est sûr. On va aussi se découvrir lors du co-plateau. Je sais que Zaza peut être très classe et à la fois un peu folle. Et je me reconnais très bien là-dedans ! On essaye de bosser sur quelques petites choses ensemble pour la soirée au Pan Piper. Je pense que ça va être très classe et très con en même temps ! (Rires).

Zaza : Ah tiens ! Pas vraiment en fait. Finalement, on connaît bien la voix l’une de l’autre à travers l’Ultra Bal, mais paradoxalement, on se découvre artistiquement. D’ailleurs, ni l’une ni l’autre nous ne nous sommes vues sur scène! C’est un comble ! Et même si on connaît quelques une de nos chansons l’une et l’autre, finalement, des surprises il y en aura pour tout le monde au Pan Piper !

Comment composez-vous ?

Alexandra : Je n’ai pas de technique précise de composition. J’ai eu un groupe qui a tourné pendant très longtemps qui s’appelait 26 Pinel, mais ce n’était pas moi qui composais. Du coup, j’écrivais quelques trucs mais je n’étais jamais contente. Quand je me suis dit que j’allais faire des chansons, j’ai ressorti des phrases, des jets d’écriture et je m’y suis mise. Je n’ai pas souvent une réflexion quand j’écris, ça sort comme ça. Parfois je suis dehors et j’enregistre dans mon téléphone des bouts d’idée que je termine après. Parfois j’écris des choses et je ne sais pas d’où ça vient. Il y a une grosse part d’inconscient où on réalise après ce qu’on a écrit. Pour moi composer c’est raconter, s’inventer des choses parfois fantastiques, qui font voyager les gens.

Zaza : Il n’y a pas de recette pour moi. Pas de schéma. Malheureusement d’ailleurs ! C’est plutôt tout en même temps, la mélodie et le texte, parce que ce mot est choisi sur cette note, et pas une autre. Mais l’outil est différent d’une chanson à l’autre, l’accordéon, l’orgue, le piano, l’omnichord… La texture, le climat qui est imposé par l’instrument choisi, ont une influence directe sur le mouvement de la chanson.

Quel est votre instrument de prédilection (celui avec lequel vous composez la plupart du temps) ?

Alexandra : C’est la guitare. Sèche ou électrique. Mais je pense que si j’avais un piano chez moi, je composerais différemment et ce serait bien aussi ! C’est une façon de ne pas tourner en rond…

Zaza : Sur le premier album c’était l’accordéon, sur le deuxième, un vieil orgue seventies. Mes nouvelles chansons, celle de l’album à venir, ont naviguées entre pianet, omnichord, orgue et toujours l’accordéon. Mais sur scène, je sais que l’accordéon ne sera jamais loin. Il fait partie de mon identité.

Vous avez déjà foulé les planches du Pan Piper avec l’Ultra Bal, quelles sont les sensations scéniques qui émanent de cette salle ? Quelle ambiance souhaitez-vous donner au concert du lundi 30 juin ?

Alexandra : C’est très agréable de jouer là-bas, c’est tout neuf ! On va essayer d’amener une ambiance cabaret. On va mettre des tables et les gens seront assis. Moi j’avais envie d’une déco peut-être avec des petites fleurs. Je travaille avec quelqu’un sur ma scénographie. L’idée c’est vraiment qu’on vienne chacune avec notre univers différent. On n’a pas prévu la même scénographie du coup…

Zaza : J’ai beaucoup aimé jouer dans cette salle. J’aime la hauteur de scène. Son côté un peu brut. Pour ce qui est de l’ambiance de ce concert à venir, c’est toujours délicat de prévoir quoi que ce soit. J’aime penser que ça s’invente avec le public, sur le moment.

Quelles sont vos inspirations musicales, vos références ?

Alexandra : Lhasa, c’est une chanteuse d’origine mexicaine qui a pas mal vécu au Québec. Elle écrivait en espagnol, en français, en anglais. Elle avait un truc très spécial dans la voix, quelque chose de très fort…Il y a aussi Michael Jackson. Et puis toutes les chanteuses de jazz et de blues. Billie Holiday. Après en chanson, j’ai beaucoup écouté Brel. J’écoute une interview de lui et je peux écrire quatre chansons ! Chaque phrase est magnifique. Il y a une élégance, une fragilité… C’est le personnage, ce qu’il raconte et son interprétation, bien sûr qui me parle.

Zaza : Elles sont tellement diverses ! J’ai écouté beaucoup de chanson de Barbara à Piaf, mais je suis autant passionnée par le Rock des 60s, Elvis, Roy Orbison, et puis par ce qui s’est passé en France au même moment. Mais ces derniers temps, j’ai été obsédée par des choses que je n’écoutais pas du tout avant, des choses plus primaires, plus directes, de la musique nubienne, éthiopienne, des chants folkloriques de tous âges. Je ne sais pas par quoi on est influencé. Je crois qu’on peut l’être tout autant par quelque chose que l’on écoute, que par quelque chose que l’on voit.

Trois mots pour qualifier votre identité musicale ?

Alexandra : Ce n’est pas évident ! Déjà on pourrait dire chanson franco-chilienne. Ou latin, lover, french ! (Rires) !

Zaza : Olala ! Je ne sais pas faire ça! Je crois que je fais de la chanson, que j’essaye de le faire de façon ludique, et un peu libre.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la situation des intermittents et sur le quotidien qui régit ce statut ?

Alexandra : Déjà il faut savoir que l’intermittence n’est même pas un statut c’est un régime d’indemnisation qui nous concerne nous, les artistes, parce que ça concerne le travail discontinu. Mais de façon globale, ça concerne aussi les intérimaires, les intermittents hors spectacle ou les techniciens. On parle d’insécurité parce qu’on n’a pas de sécurité de l’emploi. Après, aujourd’hui, qui a vraiment la sécurité de l’emploi… C’est pour ça aussi que cet accord ne concerne pas que les intermittents, ça concerne toute l’assurance-chômage. On sera tous touché par ça tôt ou tard. Les intermittents se posent la question tous les dix mois de savoir si ils ont assez travaillé. Afin de savoir s’ils vont pouvoir casser la croûte. Il y a  beaucoup de temps de travail quand on est artiste qui n’est pas compté, le travail de répétition, de composition. Ce qui est étonnant c’est que tout le monde s’énerve sur ça et je ne comprends pas trop, on dirait que  comme c’est un travail de passion on est déjà privilégié aux yeux de certaines personnes. Alors que lorsqu’on se lance dans ce métier, c’est aussi beaucoup de doutes, de craintes, de travail. La lutte qui est engagée elle n’est pas pour sauver les artistes ou l’exception culturelle. C’est pour sauver les droits sociaux. Moi, je ne comprends pas en tant qu’artiste pourquoi je n’aurai pas les mêmes droits. C’est mon métier. La grève c’est très dur, ce n’est pas facile pour les intermittents d’annuler leurs représentations. On a fait grève il y a deux semaines avec le Quartet Buccal, c’était douloureux, difficile. On travaille pendant deux ans sur une création, on s’investi : évidemment qu’on n’a pas envie de ne pas jouer. Il y a des gens qui ont voté la grève en pleurs… Parfois il faut savoir lutter pour ses droits. On est tous dans le même bateau, c’est une lutte pour l’humain. C’est malheureux que des gens en arrivent à se taper dessus et à se monter les uns contre les autres. Se battre pour ses droits ça mérite le respect je trouve.

Zaza : Quand les questions qui sont censées participer à la définition de notre société se retrouvent au centre du débat, je suis toujours étonnée de voir ce que cela révèle. Ce statut est précieux. Il l’est parce qu’il régule un mode de vie qui ne l’est pas, régulier. Parce que quand on est en tournée, on est payé pour un soir de concert, mais aller faire un concert implique de se rendre sur les lieux, de répéter, de faire une balance. Le rapport au temps se dilate. Le temps qu’il faut pour écrire, composer, n’est pas un temps qui se compte en taux horaire. J’ai la sensation qu’encore aujourd’hui il faut rappeler qu’une société sans artiste, sans cinéma, sans théâtre, sans musique, est une société dans laquelle il ne fait pas bon vivre.

Quelles sont vos actus ?

Alexandra : En mars 2015, je serai en première partie de Flavia Coelho à Saint-Michel-sur-Orge. Et puis je prépare un album. Il y a aura d’autres concerts à venir à retrouver sur mon site ou sur ma page Facebook.

Zaza : Je suis en train de finir un disque. Il devrait sortir début 2015 ! Mais dès septembre je commence à faire quelques concerts, avec Majiker, qui est aussi celui avec qui je fais cet album.

Découvrez les deux univers colorés et bien marqués d’Alexandra Gatica et Zaza Fournier au Pan Piper à 20h, 2-4 Impasse Lamier dans le 11ème arrondissement. Entrée 14 euros. Vous pourrez réserver vos places en ligne ici ou les acheter sur place. Rendez-vous sur le page Facebook d’Alexandra Gatica et de Zaza Fournier pour plus de découvertes…

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Camille Hispard

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