Chansons

Helena Noguerra « J’ai passé l’âge de m’excuser »

Helena Noguerra « J’ai passé l’âge de m’excuser »

18 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

Elles est omniprésente sur les grands écrans. Souvent en tournée, en solo, puis avec Nouvelle vague, ou répondant « présente » pour rendre hommage à Jacno, Helena Noguerra est de retour dans les bacs, chez naïve, avec un album bilingue aux textes et aux harmonies très travaillés « Année Zéro ». L’album sort le 26 août et réjouira ceux et celles qui attendaient ce grand retour à la chanson depuis le disque « Fraise vanille » (2008). Par une jolie journée de juin, nous avons rencontré Helena Noguerra dans les bureaux de sa maison de disques. Une discussion intense et généreuse où la jeune maman d’un grand garçon de 20 ans a développé tous les renouveaux qu’ouvre le disque « Année zéro ».

Vos fans ont attendu longtemps ce nouvel album, le cinéma a-t-il pris toute la place dans votre emploi du temps ?
Le dernier album doit dater d’il y a sept ans, de 2008. Là c’est circonstanciel : d’abord on l’a tourné pendant deux ans. Après j’ai fait pas mal de théâtre et en effet beaucoup de cinéma. Il y a eu « l’Arnacoeur » qui a eu du succès, du coup on m’a fait des propositions, j’ai tourné beaucoup et j’ai trouvé ça marrant. Ca me faisait du bien d’être un peu en vacances de moi. Quand on fait un disque on est le patron et si les salles ne sont pas toujours pleines, on le prend pour soi. Le cinéma permet d’être en vacances de ça. Il y a aussi eu des changements avec ma maison de disques qui me donnait tellement de liberté que je me suis dit qu’il était difficile de retrouver une telle situation. J’ai donc continué à composer et écrire de mon côté, j’avais une trentaine de chansons faites à la maison, dans mon coin. Et puis j’ai rencontré Nicole Schluss qui est devenue mon manager et c’est elle qui m’a remis le pied à l’étrier en me disant : « Reviens, fais un disque !». Et on a pioché dans mes compositions pour garder les 13 chansons de « Année Zéro »

Dans la présentation du disque vous dites que le titre fait à la fois référence à Rosselini et à Chamfort. Sous l’égide de ces deux jolies références, le disque est-il un bilan ou un nouveau départ ?
C’est sans doute un nouveau départ. J’ai élevé un enfant très longtemps et c’est terminé maintenant il est parti de la maison. « Année Zéro », c’est se retrouver soi, avoir 40 ans, faire le bilan de ce qu’on a fait, de ce qu’on est devenu, mais aussi savoir aussi faire le deuil de ce qui n’est pas advenu. Ce que nous n’avons pas fait nous définit tout autant que ce qu’on a fait.

Vous venez de parler de votre vie de maman et semblez avoir une carrière très accomplie, qu’est- ce qui ne serait pas advenu pour vous ?
Mais plein de choses ! Je ne serais pas danseuse à l’opéra, je ne serais pas pâtissière, je n’aurais jamais fait de hautes études ou eu 3 enfants avant 25 ans, je ne serais pas toute ma vie avec l’homme de ma vie qui serait le même jusqu’à mon dernier souffle. Il y a des choses qui sont terminées. Quand on a vingt ans tout est possible, on peut être postulant à tout. A quarante ans, il fait commencer à comprendre ce qu’on est. « Année zéro » ce sont les pistes nouvelles à explorer une fois qu’on a compris ça. C’est un nouveau départ pour moi qui est sans doute lié au fait que mon fils vive sa vie à lui et que moi je n’aie plus que la mienne à vivre.

Sur plusieurs titres dans l’album vous nous révélez une voix grave que nous ne connaissions pas. Sur le premier titre « The end of the story », vous créez même un dialogue entre vos deux voix, quel est le symbole ?
Il n’y a pas de symbole, c’est l’âge, les cigarettes le whisky et En 2010 je suis partie un an sur les routes avec Nouvelle vague et le fait d’être anonyme, de ne pas jouer sous mon nom, m’a permis d’’explorer de nouvelles « voies / voix » dans tous les sens du terme. Sur scène avec eux, j’ai commencé à chanter différemment, à être moins timide. J’ai laissé  de côté la voix toute douce et timide. « Année zéro », c’est aussi que j’ai passé l’âge de m’excuser, que j’ai commencé à chanter grave et à être plus libre. Et c’est d’ailleurs la première fois que j’ose composer moi-même les musiques de mes chansons.

D’où viennent l’univers un peu rétro et les pas de danse de « The end of the story » ?
Je me suis inspirée des toiles de Robert Longo qui est un peintre italo-américain qui dessine au fuseau. C’est superbe parce que les silhouette des hommes et des femmes qui sont arrêtés mais semblent danser et ce ne sont pas des photos mais des dessins. Et j’ai demandé à des non-danseurs de plonger dans cet univers du clip où l’on voit l’univers de chacun et non pas le pas de danse… Comme je suis entourée d’hommes qui ne sont pas des danseurs, on ne voit pas le pas de danse, mais l’homme, c’est donc une vraie déclaration d’amour.

L’album est donc hommage aux hommes ?
C’est un hommage aux hommes qui ont traversé ma vie, sans question de nombre. Ce sont des chansons qui sont les chaussures de Cendrillon qui ont accompagné ma vie.

Et parmi les « hommes complices », le trompettiste Ibrahim Maalouf. Comment avez-vous eu l’idée de demander à Ibrahim Maalouf de jouer sur plusieurs titres ?
Je l’ai rencontré quand Vincent Delerm m’a invitée à chanter avec lui. De fil en aiguille quand j’ai fait l’enregistrement du disque, j’ai osé lui demander de jouer sur un ou deux morceaux. Et je suis très heureuse qu’il ait accepté.

Question joie et énergie, « Tom » est une chanson d’amour pleine de peps…
« Tom » c’est une vieille, vieille chanson, c’est la première chanson que j’ai composée. J’avais commencé par les contrechants des hommes. Et puis il y a un an, j’ai mis cette nouvelle mélodie qu’on entend sur l’album. Et je n’avais plus de paroles. Et j’ai fait appel à Mai Lan et Max Labarthe qui ont fait les arrangements qui l’on rendue un peu plus joyeuse. C’est leur énergie qu’on ressent avec l’énergie joyeuse et l’humour des paroles de Mai Lan.

Et pourquoi avoir confié le duo qui était écrit pour un homme à Anna Mouglalis dans « Michèle », à cause de sa voix si particulière ?
Oui et aussi parce que j’aimais la distance entre l’idée que les gens se font d’elle, imaginant une femme distante et très froide et la réalité qui est qu’Anna est un super copain de soirées. Je ne sais pas si elle serait fâchée que je la dévoile, mais c’est comme cela que je la ressens. Et pendant que je travaillais sur l’enregistrement, je l’ai vue à la terrasse d’un café. Elle é tait là, toute seule, buvant son petit verre. Et je me suis dit voilà le garçon que je cherche pour mon duo un peu désespéré. Elle a rigolé et accepté. Du coup cet album est un aussi un album de filles. On parle des garçons, mais finalement une chanson qui devait être un duo d’amour est interprétée par deux filles…

 

 

 

Dans « Année zéro », vous adaptez également un magnifique texte de la poétesse anglaise Sylvia Plath, « Wuthering Heights » qui devient la chanson « The horizon ». or le thème du double est très présent chez Sylvia Plath et semble résonner avec votre double voix dans l’album…
C’est vrai, je n’ai pas pensé à cela. Cela renvoie à des trucs inconscients, mais c’est vrai aussi de mes romans ; Je m’y double aussi, il y a toujours quelque chose de la cohabitation. Je n’arrive pas trop à l’expliquer mais vous avez raison. Pour le poème de Plath, je voulais un peu un paysage de Lars von Trier, je voulais des Landes à la « Breaking the waves », donc c’est devenu un peu lyrique. Tant mieux si ce n’est pas triste, car l’album n’est pas sombre. Il est peut-être un peu mélancolique parfois, oui, double, un côté « Jean-qui-rit et « Jean-qui-pleure ».

On retrouve, également à parts égales, deux langues sur le disque : le Français et l’Anglais…
Deux langues : je suis née en Belgique de parents portugais et on m’a mise tout de suite dans une crèche flamande donc j’ai parlé tout de suite trois langues. Et chacune amène avec elle une rythmique, une tonalité différente. Il y a des sons qui semblent bien en anglais ou bien en Français. Maintenant sur demande du public, on le chante en français, ce qu’on aime moins, ça sonne un peu moins bien.

Après « Turf », « Hotel Normandy » et « Je suis supporter du Standard » sur combien d’affiches êtes-vous présente en 2013 ?
(Sourire) Je crois qu’il y en au moins quatre ! J’ai joué des rôles de longueurs différentes, dans certains je chante juste, mais c’est vrai que j’ai beaucoup tourné dernièrement.

Celui que nous attendons avec impatience est « La vie domestique » d’Isabelle Czajka (sortie le 2 octobre 2013)…
Oh oui je comprends pourquoi. Je ne l’ai pas encore vu, mais je suis certaine du résultat. A la fois à cause des films que la réalisatrice a déjà faits et aussi parce que le scénario et le roman dont le film ont été adaptés sont superbes. Il s’agit d’une journée dans la vie de quatre femmes et l’air de rien, c’est un pamphlet féministe, qui exprime le fait que malgré l’époque où l’on vit, les femmes abandonnent encore beaucoup d’elles-mêmes pour la famille ou l’amour. Est-ce un bien ou un mal ? Le film ne le dit pas, mais le souligne.

Avez-vous eu l’impression de sacrifier certaines opportunités de carrière parce que vous êtes une femme et une mère?
Non mais, mine de rien, il s’est fait. On dirait que je suis visible depuis « l’Arnacoeur » mais cela correspond aussi à l’époque où mon fils a eu 16-17 ans et que j’ai moins eu à m’en occuper. Cela m’a passionnée et je n’ai pas eu l’impression de renoncer à quoi que ce soit, je me suis beaucoup amusée avec lui, je n’étais pas dans le sacrifice j’ai quand même fait des trucs, publié des livres, mais j’étais tout de même moins visible. De toute façon je pense que les femmes ont une capacité sacrificielle plus grande pour la famille et pour les hommes. Il y a encore du travail de ce point de vue là, on est encore immergées dans un certain modèle. Faut-il le changer ? Peut-être qu’il est tout à fait normal d’élever un être une fois qu’on le met au monde. De fait, je ne sais pas, je n’ai pas résolu la question, mais de fait je l’ai fait.

Et mes seins, tu les aimes ?, 50 fantasmes cinématographiques aux éditions La Musardine
Les eaux territoriales : retour à St-Pierre et Miquelon, par Eugène Nicole
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *