Fictions

Et mes seins, tu les aimes ?, 50 fantasmes cinématographiques aux éditions La Musardine

Et mes seins, tu les aimes ?, 50 fantasmes cinématographiques aux éditions La Musardine

17 août 2013 | PAR Olivia Leboyer

Gérard Lenne, critique de cinéma, laisse ici vagabonder sa mémoire en toute liberté pour revisiter 50 scènes de cinéma marquantes. Entre reconstitution fidèle et imagination brûlante, le panorama est aussi ludique que stimulant !

[rating=3]

et mes seins tu les aimesEn homme de goût, Gérard Lenne nous offre ici 50 scénarios concis, et néanmoins très précis. Quelles images garde-t-on d’un film qui nous a troublés ? Bien souvent, des images nettes, frappantes, mais qui parfois, curieusement, ne se trouvent pas dans le film en question ! Il n’est pas rare que l’imagination vienne se superposer à la vision, dans une étrange combinaison de souvenirs et d’extrapolation. Dans ces 50 nouvelles, c’est réellement de fantasmes sexuels qu’il s’agit. La photo de couverture, deux jolis seins à l’insolence gracile, nous invite ouvertement sur des sentiers érotiques. Eclectique, Gérard Lenne a choisi de revisiter des scènes tirées de grands films, ou de films plus populaires qui ont marqué leur époque : nous entrons ainsi sous la jupe de Marilyn (7 ans de réflexion, Billy Wilder), dans l’intimité trouble de la Belle de jour de Bunuel, pour suivre une Partie de campagne polissonne, un Empire des sens déchaîné ou encore un Wong Kar Wai plus explicite que l’original (In The Mood For Love). On trouve également des promenades plus ludiques, avec les incontournables et délicieuses Emmanuelle ou Angélique, Marquise des Anges. Et que dire de cette Blanche Neige, secrètement excitée par sa promiscuité avec sept nains, ou de ce Psychose plus tordu que chez Hitchock !

Plaisir de cinéphile averti, qui voit ici se dérouler le ruban d’une mémoire enfiévrée, et plaisir tout court. Gérard Lenne a un vrai talent pour exposer, tout naturellement, les ambiguités et la belle simplicité du désir, masculin ou féminin. Le jeu entre ce que l’on montre (beaucoup) et ce que l’on cache (la petite boîte noire de Belle de jour garde heureusement son mystère) est mené avec maîtrise et un art consommé de la chute. Au rang des fantasmes inoubliables, on note que la belle Carole Laure inspire ici deux nouvelles (« Le sexe de l’ange », d’après L’Ange et la femme de Gilles Carle, et « Carole au bain », d’après Sweet Movie de Dusan Makavejev): qui a vu Carole Laure évoluant lascivement à la nage dans du chocolat (Sweet Movie) peut en effet difficilement oublier cette image. Et c’est à la superbe Stefania Sandrelli (La Clé, Tinto Brass) que Gérard Lenne dédie son ultime rêverie.

Un livre très réussi, qui offre en flashs savamment dosés des images d’une clarté bien trouble ! A lire, et à relire.

Extrait (de l’avant –propos, pour ne pas déflorer les nouvelles, et pour conserver un semblant de décence) : « Dans le domaine de l’érotisme, les vacillements, incertitudes et confusions sont plus flagrants que partout ailleurs. »

Et mes seins, tu les aimes ?, 50 fantasmes cinématographiques, de Gérard Lenne, éditions La Musardine, 2013, 188 pages, 15€.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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