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[Chronique] « Les Amants Parallèles » de Vincent Delerm : mélodieux et mélancolique

[Chronique] « Les Amants Parallèles » de Vincent Delerm : mélodieux et mélancolique

24 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Après 5 ans d’absence, Vincent Delerm revient avec un 5ème album aux claviers toujours très bien tempérés. Égal à lui-même dans son phrasé qui passionne ou qui hérisse, Delerm passe, par son souci de détail, de la langueur à la vraie mélancolie. Les fans vont adorer…

[rating=5]

amants parallèles-vincent delermAlors qu’on attend cet album pour le 25 novembre chez tôt ou tard, le teaser, jolie boucle mélancolique et rapidement interrompue, donne le ton d’un album pas facile d’accès mais qui cache de nombreuses perles. Avec pour fil rouge, running joke et peut être nostalgique d’une virilité de rêve américain : le joueur de football américain Joe Montana qu’on retrouve dans le très placide « Super Bowl »

Dès la première piste « L’avion », boucle musicale presque classique-contemporaine, Delerm pousse le minimalisme jusqu’au bout de sa logique et frustre l’auditeur en parlant et en l’interrompant brutalement. Déclamé du nez, le texte de la seconde piste « Le film » renoue avec « Le monologue shakespearien » de son premier disque. Mais la petite mélodie au piano est d’une tristesse infinie, délicatement relevée en cours de route de percussions légères et exprime bien l’idée désespérante qu’on perd un peu son temps à chaque fois qu’on cherche du divertissement dans la culture : « C’est la fin du premier quart d’heure / Et tu connais le film par cœur ». Dans ce titre, ainsi que dans le joli duo éponyme » Les amants parallèles », dans « Le grand plongeoir », on retrouve le rythme binaire et le texte bien chiadé et susurré par le nez, qui sont le sceau de Vincent Delerm. De même pour le très mélodieux « La fois où tu as » et le faussement frais « Embrasse-moi », où jamais l’on ne sent le chanteur sourire, comme il sait si bien le faire, en disant les mots du réel. Dans tous ces morceaux très delermiens, les quartiers de Paris sont mentionnés et l’on s’arrête de lire un roman page 427. Sauf que les années bobos sont bel et bien passées et que le roman que l’on s’arrête de lire, c’est la vie de couple, voire la vie tout court. Il y a quelque chose de blasé, de déjà joué au dé, dans les textes de ces « amants parallèles », auquel la musique parfaitement orchestrée et implacablement triste fait écho. Comme le garçon de 1976 a bientôt 40 ans, les filles qu’il rencontre ont déjà toute une vie, ce qu’il raconte avec poésie, mais une précision qui semble lui être désormais douloureuse dans « Bruit des nuits d’été ».

Au-delà de cette mélancolie que les fans sauront aussi accepter et apprécier, Delerm prouve que même sans la fraîcheur et l’allant du jeune premier, il continue une oeuvre conséquente et forte, avec une vision de la chanson où le texte a toute sa place. Dans « Robes », il donne la parole à une femme, Rosemary Standley des Moriarty, qui récite un poème, sans chanter (et là, c’est une grande frustration) et « Ces deux là », aussi soutenu par une femme, Virginie Aussiètre, est tout aussi parlé. La musique a également toute sa place dans l’art de Delerm, c’est juste qu’elle ne se « fond pas » avec les mots car il n’y a pas de voix, juste des paroles. L’on s’en rend vraiment compte en écoutant le dernier morceau, « Le Film II » variation purement instrumentale et deux fois plus longue que la chansonnette désabusée et qui est juste une merveille de suites d’accord. Puis on reprend l’album et l’on admire le travail de précision et les longues respirations instrumentales, par exemple de « Hacienda », qui n’en finit pas de commencer et n’arrive pas à terminer, s’étalant majestueusement sur plus de 5 minutes finissant presque sur du Chopin ou en tout cas sur quelque chose qui n’aurait pas déplu à Gainsbourg, en piano solo.

Album mélancolique du jeune homme qui arrive au milieu du chemin de sa vie, mais album accompli d’un artiste exigeant, Les amants parallèles est l’un des grands disques de cet automne 2013.

Vincent Delerm, Les Amants parallèles, Tôt ou tard, 2013, 31 min.

https://www.youtube.com/watch?v=_w6TAsedd9Anovembre 2013.

Visuel : (c) pochette des Amants Parallèles de Vincent Delerm

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “[Chronique] « Les Amants Parallèles » de Vincent Delerm : mélodieux et mélancolique”

Commentaire(s)

  • Superbe album…..j’apprécie le talent, l’oeuvre de Vincent Delerm de À à Z, et j’espère un nouvel album pour bientôt..

    octobre 29, 2015 at 7 h 06 min

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