Chansons

Barbara Carlotti au festival Paris en Toutes Lettres : une expérience joliment magnétique

Barbara Carlotti au festival Paris en Toutes Lettres : une expérience joliment magnétique

08 novembre 2019 | PAR Lise Lefebvre

 

 

Dans le cadre à la fois grandiose et intime de l’église des Arts et Métiers, Barbara Carlotti a mêlé à ses chants l’histoire scientifique et poétique du magnétisme.

 « Nous sommes rassemblés dans cette chapelle… » De sa voix douce et grave, élégante, Barbara Carlotti ouvre la soirée. Dans le public, des rires, un certain flottement. Ça commence comme une messe, ou un cours ex cathedra. Après une brève définition du magnétisme elle donne l’exemple des téléphones portables, elle demande à la cantonade s’ils sont bien éteints. Des « oui ! » assurés lui répondent. « Vous êtes sûrs qu’ils sont bien éteints ?», insiste-t-elle avec une autorité sereine. « Eteignez-les, parce qu’ils risquent de perturber nos expériences. » Immédiatement, dix, vingt spectateurs se penchent pour vérifier… Barbara Carlotti vient de prendre le pouvoir, en ce jour où s’ouvre le festival Paris en Toutes Lettres, organisé par la Maison de la Poésie.

Ça commence, donc, comme une conférence scientifique consacrée au magnétisme ; on se laisse  guider par la voix splendide qui parle du mouvement des planètes, du flux et du reflux. Puis, de l’exposé elle glisse vers le texte psalmodié, et tout naturellement la première chanson commence. Le temps de s’adapter à cette forme hybride, on se retrouve à goûter pleinement le très beau « Radio mentale sentimentale ».  Pendant ce temps, un couple de jeunes femmes agite la tête en rythme. Un homme se penche pour embrasser son voisin… On voyage ainsi, de chanson en chanson, de  la controverse autour de Mesmer aux écrits d’André Breton en passant par Victor Hugo, puis des séances de tables tournantes à Jersey—et les fulgurances poétiques qui s’y rattachent—à la naissance de l’écriture automatique, nourrie de spiritisme et de psychanalyse. Ainsi, au détour d’une chanson, on a une fringale de lecture, de relecture; envie d’aller se plonger dans Hugo, dans Les Champs magnétiques de Breton et Soupault…

Chaleur partagée

Et puis, Barbara Carlotti reprend son rôle de meneuse de séance. Elle demande aux spectateurs d’expérimenter eux-mêmes les pouvoirs guérisseurs du magnétisme. « Demandez à votre voisin où il a mal », lance-t-elle. On rit, un peu gêné, on s’agite sur son siège. La chanteuse reprend « Qu’est-ce que vous êtes coincés ! Aimez-vous les uns les autres, merde ! » Peu à peu, la communication s’opère, les rires se libèrent, certains ferment les yeux. Et la chanson suivante se greffe doucement, puissamment, sur cette chaleur partagée. Quand elle se termine, tout le monde agite en l’air les mains, comme elle l’a recommandé, « pour faire partir le mal ». Puis le charme d’un nouveau conseil, dit, chanté, répété comme une litanie, « Fais-le », finit d’enchanter un public sujet et acteur consentant de l’expérience. On restera sur le sourire qui s’attarde sur les lèvres, et sur le souvenir des textes précis, sensuels, des chansons, qui s’entrelacent à la pop imprévisible et généreuse de Barbara Carlotti, et de Pierre Leroux à la guitare.

Magnétique, donc, comme le titre de l’album créé par le duo en 2018.

Festival Paris en Toutes Lettres, du 7 au 18 novembre 2019. Programme complet.

Magnétique, CD

Editeur: Elektra

Crédit photo: © Elodie Daguin

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Lise Lefebvre

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