Musique

CD : Of Montreal, False Priest

04 décembre 2010 | PAR Mikaël Faujour

10e album (déjà !) du groupe Of Montreal, False Priest. S’il n’atteint pas la beauté incandescente d’un Hissing Fauna, Are You The Destroyer ? ou l’énergie de Satanic Panic in the Attic, il se révèle toutefois un excellent disque, deux ans après un Skeletal Lamping un peu brouillon. Ici c’est du côté d’un electro-rock dansant que le leader et chanteur Kevin Barnes se tourne, en gardant les compositions à rallonge et l’humour toujours un peu angoissant qui fait le charme de ce groupe malheureusement trop méconnu.

Si False Priest est assez inégal, comme les 9 albums précédents d’Of Montreal,  groupe qui lorgne parfois vers une certaine facilité « tubesque » (cf. « Coquet Coquette », single par excellence mais un peu banal il faut l’admettre), on ne peut manquer d’y trouver une énergie rare et tout à fait charmante. Une énergie qui naît d’une profonde sensation de mélancolie – on ne parierait pas cher sur la solidité psychique de Barnes. Tristesse un peu maladroite de « Our Riotous Defects »,  qui relate par le menu l’histoire d’une de ses « crazy ex-girlfriends » ; observation des papillons de « Sex Karma »…

Sans cesse au bord du ridicule, Barnes s’en échappe par la création d’un univers mélodique riche et surprenant, liant entre elles certaines chansons pendant qu’il en isole d’autres. Ainsi brise-t-il sans cesse les continuités que l’auditeur attend, à l’image de la dernière chanson, « You Do Mutilate ? », conclusion de l’album qui en récapitule tous les thèmes et mélodies.  C’est sans doute cette ambition d’une œuvre qui se répond à elle-même qui est si prenante chez Of Montreal : l’idée d’une construction complète qui, partant dans tout les sens à la première écoute, ne retrouve son unité qu’une fois le disque deux ou trois fois terminé. Ambition louable aussi de faire une musique énergique et vivante, dansante même, et cependant mélancolique. En ressort la sensation que chez Barnes le bonheur, porté par sa  voix quasi suraiguë n’est jamais rien d’autre qu’une échappatoire à la folie et à la tristesse. Lesquelles rôdent douloureusement dans les teintures plissées de la superbe tapisserie qu’est False Priest.

Le désir qui irradie au cours des treize chansons est insatisfaisant ou impossible à satisfaire. Pourtant, la satisfaction qu’on tire à seulement l’évoquer semble en elle-même suffire. Voilà peut-être la forme mystérieuse qui donne la clé pour saisir l’œuvre dans son entier. Mais une fois celle-ci explicitée, ne faut-il pas encore la sentir dans son cœur, dans sa chair (car Of Montreal peut toucher au plus profond des entrailles, pour peu qu’il/qu’on s’en donne la peine) pour en comprendre toute la magnifique subtilité ?

Avec la participation de Solange Knowles et Janelle Monáe, False Priest s’enrichit d’une facette soul qui ne gâche rien, et oriente dans une nouvelle direction le travail de Kevin Barnes. Le tout en s’inscrivant dans la lignée de ses précédents albums : faire une musique aux paroles drôles et douces-amères, et aux mélodies dansantes – ou au moins sautillantes – desquelles la tristesse n’est jamais très éloignée.

Energie et douleur s’entremêlent dans un labyrinthe d’expérimentations sonores, mais ne vous inquiétez pas car une fois qu’on l’a trouvé, on ne perd jamais le beau fil d’Ariane du réjouissant False Priest !

Raphaël Czarny


Of Montreal,
False Priest (Polyvinyl), 2010

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Mikaël Faujour

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