Musique

Hommage au roi des scélérats

15 mars 2009 | PAR Yaël Hirsch

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Alain Bashung nous a quitté hier à l’âge de 61 ans. Malade, le grand homme était encore en tournée cet été et est monté sur scène lors des victoires de la musique, où il a été l’artiste le plus primé. Voici un hommage au « roi des scélérats », écrit par Benoît Pelopidas.

Samedi 14 mars 2009, la terre s’est entr-ouverte pour engloutir le scélérat. Son plus grand crime, assumé à la manière des récidivistes jusque dans ses fantaisies militaires, aura consisté à conjurer le moralisme, l’esprit de sérieux et le réalisme petit-bourgeois qui contaminent la chanson francophone contemporaine. S’il a récemment laissé entrevoir ses « doutes sur la notion de longévité », c’est avec le sourire narquois du poète. Celui qui a hérité de Gainsbourg une tradition de l’incendie volontaire n’a cessé de se souvenir que la musique accompagne la poésie de préférence au bavardage nombriliste…

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Au Nice Jazz Festival, cet été encore, il exprimait dans un bleu métallique la nécessité de chanter, d’incarner avec force et style une musique qui l’animait. La transmettre, oui, mais sans la facilité démagogique de l’empathie affichée et obligée. La maladie, déjà, transparaissait dans la lenteur des gestes et la prévenance des musiciens qui veillaient à ce que son chapeau restât bien en place. La douceur de leurs mouvements mêlait conscience de la fragilité et respect pour l’artiste, à l’épreuve une fois encore. Leur grandeur aura été de rejeter souverainement la compassion qui s’invitait sur scène. Que croyait-elle ? La nuit il ment et il s’en lave les mains. Musique ! Et une force féline reprenait le dessus, émouvante et majestueuse. Guère de place pour un quelconque sentimentalisme. Les « kilomètres de vie en rose » ne se content que si l’on garde dans ses bottes « des montagnes de questions », chantant la possession et la haine dans le même vers. Trop facile d’y voir un cynisme à l’emporte pièce tant le poète exile celui a qui l’amour « a faussé compagnie »…

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Aujourd’hui, « Plus rien ne s’oppose à la nuit. Rien ne justifie… » et c’est un dimanche étrange qui se prépare, âpre, toxique, obscène tant est manifeste ce qu’il nous a pris. Mais nous resterons là, un rien plus figés qu’à l’accoutumée. Ce sera un peu comme un dimanche à Tchernobyl, sans plus personne pour le chanter. Nous restent donc la gratitude vis-à-vis de celui qui se plaisait à remercier « tous les créateurs » à l’issue de ses spectacles, son exigence de retrouver l’audace et une certitude : Alain Bashung était à n’en pas douter « le roi des scélérats ».

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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