Musique

Armide de Lully : une version contemporaine de Pascal Rambert à Gennevilliers

21 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Pascal Rambert présente au Théâtre de Gennevilliers, qu’il dirige depuis 2007, sa mise en scène d’Armide, l’ultime opéra de Lully, son chef-d’œuvre selon Rameau. Cette production a déjà été présentée en mai dernier à Huston, le lieu de résidence de l’orchestre Mercury Baroque créé par Antoine Plante. Rambert propose une installation à l’esthétique proche de l’abstraction pour une lecture ultra contemporaine. L’idée de transposer le livret de Philippe Quinaut, inspiré de la « Jérusalem délivrée » du Tasse, pendant la guerre du Golfe s’avère convaincante mais la vacuité du traitement déçoit.

Plutôt qu’une mise en scène, il faudrait davantage parler de mise en espace pour qualifier le travail archi formel, presque chorégraphique sur le corps, de Pascal Rambert. Le rideau levé, on reconnaît immédiatement la signature très personnelle de l’artiste : l’immense plateau dépouillé, totalement vide, un espace vierge au sol et aux murs blancs, où tout semble échapper à la matérialité. La scénographie à la beauté plastique et lumineuse est cependant un piège pour les voix qui s’égarent dans la grandeur de l’espace et qui ne parviennent pas toujours à être audibles. C’est le cas de Zachary Wilder qui manque de puissance mais fait preuve d’une fine musicalité dans le rôle de Renaud.

Dans ses intentions, Rambert décrit sa volonté de transposer l’amour impossible d’Armide pour son ennemi Renaud dans un contexte de guerre plus contemporain que l’époque des croisades : les drapeaux américain et irakien plantent le décor pendant le prologue, des figurants-danseurs sont habillés en GI pour renvoyer à une actualité récente tout comme l’acte III, pendant lequel on voit Renaud attaché au cou par une haute corde métallique, qui fait écho aux scènes de torture et aux images d’humiliation des soldats victimes de bourreaux de guerre. Cela n’est pas vraiment en phase avec ce que raconte l’opéra. Le contraste est saisissant entre ce qu’on voit sur le plateau et la musique de Lully, jouée par l’excellent Orchestre Mercury Baroque de Houston sur d’authentiques instruments baroques.

Alors moderne ? Oui, car les chanteurs sont en jean et baskets, quoique voyait-on une femme en robe à longue traine dans les années 80-90 ? Mais banal aussi et peu signifiant. l’intensité du jeu dramatique n’est pas au rendez-vous non plus. Rambert n’évite pas l’écueil de l’immobilité du chœur et du jeu frontal, seul l’avant-scène est continuellement occupée.L’actualisation donne trop souvent lieu à de mauvaises idées parfois complaisantes comme faire de Renaud un joueur de golf (on sent ici pointer le mauvais jeu de mot) alors qu’Armide entre dans une voiturette particulièrement bruyante. De même, l’accumulation de fétiches cotemporains comme faire entrer un gros 4×4 sur scène ou la présence d’ordinateurs portables maltraités par la chanteuse est pénible et inutile. Ce genre de procédé banalise le propos de Rambert sur l’œuvre alors que celui-ci est capable d’une vraie force dans sa forme la plus ascétique. C’est ce qu’il se produit pour le final : Isabelle Cals, qui domine une distribution moyenne, est une Armide touchante et réalise un très beau solo dans une lumière tenue, accrochée au sac à dos de Renaud qui s’est enfui, elle demeure seule, l’émotion passe davantage.

Armide, jusqu’au 25 septembre. A 19h30 ou 20h30. Au Théâtre de Gennevilliers, 41 Avenue des grésillons. 01 41 32 26 26.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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