Musique
Angela Winkler, la radieuse mélancolique

Angela Winkler, la radieuse mélancolique

15 octobre 2012 | PAR Christophe Candoni

L’actrice allemande Angela Winkler donnait ce week-end au Théâtre des abbesses trois représentations de son récital « Ich liebe dich, kann ich nicht sagen ». Avec une simplicité et une élégance rares, elle a offert au public une quinzaine de titres et de nombreux bis, tirés de l’album du même nom enregistré un an plus tôt. Une soirée douce et charmeuse à l’image de son interprète.

Angela Winkler a foulé les planches berlinoises les plus prestigieuses, de la Schaubühne lors de sa création (l’institution fête ces jours-ci ses 50 ans) au Berliner Ensemble, sous la direction des plus grands metteurs en scène tels Grüber, Bondy, Stein, Zadek et Ostermeier. Grâce au Festival d’automne, on a pu admirer son interprétation du rôle-titre de Lulu dans la mise en scène de Robert Wilson (voir ICI). Au cinéma, c’est sous la conduite du réalisateur Schlöndorff qu’elle connaît le succès. Si au départ, elle voulait être chanteuse, elle est finalement devenue la grande comédienne que l’on sait. Pourtant la musique ne l’a jamais quittée… L’actrice chante enfin à l’aube de ses 70 ans. Elle a gravé sur disque une série de titres variés. Souvent plus tristes que gaies, ces chansons comptent pour elle car elles ont jalonné sa vie. A commencer par l’enfance et l’adolescence durant lesquelles sa maman chantait « Ich weiss nicht zu wem ich gehöre » de Friedrich Höllander avant que la jeune Angela Winkler l’ait donnée à son tour à l’occasion d’un concours d’entrée au cours de théâtre.

Elle chante aussi trois titres de Schoenberg avec un réel plaisir de la composition, une frivolité et une drôlerie délicieuses, se coiffant de plumes de couleurs et se parant d’une étole en fourrure blanche. Au programme sont réunis aussi Kurt Weill, Nelson, Eisler, et puis Barbara, sa chanteuse préférée confie-t-elle enjouée. Les paroles ont été traduites en allemand. La langue est si belle. Elle conclut la soirée avec l’ »Heidenröslein » de Goethe mis en musique par Schubert, comme un clin d’œil à Marlene Dietrich, une autre grande actrice/chanteuse qui a autrefois interprété ce lied au cinéma. Impossible de ne pas penser au cabaret à la mode berlinoise. Angela Winkler l’évoque sans pour autant s’inscrire dans la tradition. Elle a préféré la sobriété et l’intimité d’un récital où elle paraît toute menue dans une robe noire, sous les teintes nuitées d’une lumière tenue.

Avec une mélancolie juste et subtile, jamais démonstrative, elle chante, rieuse, malicieuse mais aussi vibrante d’émotion. Elle séduit par le plaisir évident qu’elle prend à chanter et à le faire partager, en toute complicité avec ses partenaires musiciens, notamment le pianiste Adam Benzwi, et avec le public à qui elle adresse quelques mots en français. Plus encore que la performance talentueuse qu’elle livre, ce sont simplement la présence et la belle sincérité de l’artiste qui touchent profondément.

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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