Architecture
Henri Labrouste, le magicien du fer

Henri Labrouste, le magicien du fer

15 octobre 2012 | PAR Elodie Rustant

C’est à Henri Labrouste, dont on limite souvent l’œuvre aux bibliothèques Sainte-Geneviève et Nationale, que la Cité de l’Architecture et du Patrimoine a décidé de consacrer sa nouvelle exposition. Un parcours riche, faisant la part belle à ses superbes études, véritables œuvres d’art.

Le nom d’Henri Labrouste n’est sans doute pas familier à la plupart des étudiants parisiens. C’est pourtant sous ses coupoles de fer que des milliers d’entre eux ont studieusement passé de longues heures à étudier des ouvrages de philosophie ou de littérature.

Henri Labrouste (1801-1875) est l’un des premiers architectes français à s’être intéressé à des matériaux jusque-là tenus à l’écart de l’architecture. Son rejet des codes architecturaux du 19e siècle et sa démarche avant-gardiste font de lui une référence de l’innovation constructive de cette époque.

Elève de l’Ecole des beaux-arts, Labrouste se classera deuxième au concours du Grand Prix de l’école. En 1824, il remporte le Grand Prix de Rome et part pour l’Italie où il séjournera cinq ans au sein de la prestigieuse Villa Médicis. De ce voyage, Labrouste retiendra un imaginaire très romantique et, surtout, un intérêt tout particulier pour l’architecture étrusque, grecque et romaine. Les dessins exposés dans la première partie de l’exposition témoignent de l’inspiration que l’éventail de ces périodes historiques constitua pour Labrouste. Reconstitution imaginaire d’une villa antique combine admirablement des éléments d’architecture médiévale italienne et antique, tout en évoquant une imagerie romantique du 19e siècle.

Mais son esprit novateur se heurte aux canons de la Grèce antique provoquant le mécontentement de l’Académie des beaux-arts.

A son retour à Paris, il répondra au concours lancé par le Gouvernement et proposera un projet de tombeau pour Napoléon Ier. Sa proposition – une sorte de bouclier plat soutenu part quatre aigles en marbre – emprunte de caractère antique suscitera un vif intérêt de la part de ses contemporains. « (…) ni de l’architecture, ni de la sculpture ; c’est tout cela à la fois… une séduisante conception qui porte à la rêverie », dira le critique César Daily. Son projet ne sera toutefois pas retenu, les membres du jury lui préférant le sarcophage de porphyre rouge de Visconti.

Labrouste se distinguera également par sa volonté d’architecture à volonté sociale qui l’amènera à travailler sur des projets plus modestes comme une prison, un orphelinat ou encore un hospice d’aliénés. Sa réflexion sur l’agencement des plans de la prison est guidée par sa volonté de « contribuer à l’œuvre de régénération morale des condamnés ».

L’exposition détaille longuement les étapes de construction des bibliothèques Sainte-Geneviève et Nationale au moyen de plans d’une stupéfiante minutie, en particulier un minuscule carnet de croquis, émouvant témoignage des réflexions de Labrouste. Chaque centimètre de ces folles réalisations fit l’objet d’innombrables dessins préparatoires, croquis et détails que l’on découvre avec une grande curiosité.

Mention spéciale à la scénographie, d’une élégante simplicité. Une sorte de ruban brun s’enroulant indéfiniment le long des cimaises, du mur et du sol structure les parties successives de l’exposition.

La scénographe Manuelle Gautrand a bénéficié d’un espace de choix pour réaliser l’agencement des œuvres puisque l’exposition se tient dans la Cathédrale du musée, salle haute et voûtée dont les volumes rendent évidemment hommage à l’œuvre de Labrouste.

 

Visuels :

Bibliothèque Nationale, vue de la salle de lecture © Georges Fessy, photographe

Henri Labrouste, Arc étrusque dit Porta Augusta à Pérouse, élévation et plan ©Académie d’architecture, Paris

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