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L’Exposition ROUGE au Grand Palais : un voyage monochromatique au pays des Soviets

L’Exposition ROUGE au Grand Palais : un voyage monochromatique au pays des Soviets

20 mars 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

L’Exposition « ROUGE, Arts et utopies au pays des Soviets » qui vient de débuter au Grand Palais nous propose un voyage dans l’art et l’histoire russe des années 20-50, le tout au travers d’une vaste proposition d’œuvres et objets provenant des collections du Centre Pompidou ou de prêts des musées russes tels que le Musée Russe de Saint-Pétersbourg ou la prestigieuse Galerie Tretiakov de Moscou.

Dès l’entrée de l’exposition, le monochrome « Pur rouge » (1921) d’Alexandre Rodtchenko, membre fondateur du constructivisme russe des années 20, donne la couleur.  Le Rouge… hypnotisant, criant, socialiste, onirique, utopique, omniprésent devient irrésistiblement obsédant à mesure que l’on suit le parcours chronologique imaginé par Nicolas Liucci-Goutnikov, conservateur au Musée national d’art moderne.

L’Exposition commence par conter l’histoire de la Révolution d’Octobre 1917 et du projet Communiste qui se peint, se sculpte spontanément en même temps qu’elle s’écrit, sans contraintes ni dogmes esthétiques officiels.  Les années 20 marquent un renouveau dans la société comme dans l’art russe. Les avant-gardistes qui délaissent la « peinture de chevalet » et autres arts qualifiés de bourgeois par le bolchevisme privilégient un art à destination des masses (cinéma, théâtre populaire), art de la production qui s’ancre dans la vie moderne au travers du design d’objets : architectures, de multiples projets d’affiches et de décorations urbaines conçus par les artistes. C’est le productivisme. Entre les innovations scéniques du théâtre de Vsevolod Meyerhold, les prototypes d’objets utilitaires du « club ouvrier », les plans architecturaux de bâtiments voués à devenir les nouveaux « palais du peuple », l’exposition nous montre ce grand « laboratoire de la vie nouvelle » entrepris par le groupe productiviste.

Sans surprise mais avec beaucoup de délectation, on redécouvre les photomontages et autres collages mettant en scènes Lénine, les masses en liesse, de vaillants ouvriers chassant à coups de pompes soviétiques les capitalistes rampants. La scénographie est minimaliste, parfois emprunte du constructivisme russe dont elle témoigne. Si la blancheur des murs valorise l’intensité du vermillon soviétique au rez-de-chaussée, l’atmosphère semble s’assombrir à l’étage alors qu’on nous parle de grandes purges et d’architecture stalinienne : une chute vertigineuse dans l’esthétique totalitaire du régime. Dans ces salles, le réalisme socialiste n’hésite pas à effacer les anciennes têtes du Parti devenus « ennemis du peuple », fait l’éloge du corps et de la vigueur, glorifie l’avenir supposé radieux du socialisme et met en œuvre le culte de la personnalité en érigeant Lénine et Staline au rang de monuments, notamment par les formats monumentaux d’Alexandre Guerassimov et de Vassili Efanov, peintres officiels du régime.

Avec son parcours didactique à la portée de tous les publics, les esthètes russophiles comme les purs néophytes pourront jouir sans entraves de cette traversée artistico-soviétique.

Enfin, cerise sur la Chapka, la boutique de l’exposition ne maque pas d’humour en proposant foule de goodies, dont le « Décap’URSS », en forme de marteau et de faucille, parfait pour décapsuler son Coca.

Bonne exposition à vous, camarades !  

 

Informations pratiques : 
Exposition du 20 mars au 1er juillet 2019.
Ouverture : du jeudi au lundi de 10h à 20h ; mercredi de 10h à 22h ; fermeture hebdomadaire le mardi ; fermé le 1er mai.
Tarifs : 14 €, Tarif réduit 10 €, gratuit pour moins de 16 ans et bénéficiaires des minima sociaux.
Accès : métro ligne 1 et 13 : « Champs Elysées – Clémenceau » ou ligne 9 : « Franklin D.Rossevelt »

Informations et réservations :
https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/rouge

 

Visuels :

©Gustav Klucis
Millions de travailleurs! Rejoignez la
compétition socialiste!
vers 1927
Esquisse pour une affiche
photomontage, collage, crayon,
gouache sur carton
44 x 34,8 cm
Riga, Musée national des Beaux-
Arts de Lettonie
© Collection du musée national des
Beaux-Arts de Lettonie

 

©Alexandre Rodtchenko
Pur rouge (triptyque Couleur unie)
1921
Huile sur toile, 62,5 x 52,7 cm
Moscou, collection Alexandre
Lavrentiev
© Adagp, Paris, 2019 / photo A.
Rodchenko & V. Stepanova Archive

 

©Natan Altman
Esquisse de décor pour la Place
Ouritski pour le premier anniversaire de
la révolution d’Octobre
1918
papier, encre, aquarelle, crayon
graphite, 30,6 x 82,7 cm
Saint-Pétersbourg, musée russe.
© Adagp, Paris, 2019

 

©Georgi Roublev
Portrait de J.V. Staline
1935
huile sur toile
152 x 152 cm
Moscou, Galerie nationale Tretyakov
© Droits réservés / photo Collection
de la Galerie nationale Trétiakov,
Moscou

 

©Vladimir Tatline
Maquette du Monument à la IIIe
internationale 1919
Bois, carton, peinture
92 ? 65 ? 68 cm
Moscou, Centre d’Etat muséal et
d’exposition ROSIZO
© Droits réservés / photo State
Museum and Exhibition Center
ROSIZO, Moscou

 

© Viktor Perelman
Correspondant ouvrier
1925
Huile sur toile
70 x 100 cm
Moscou, Galerie nationale Tretyakov
© Droits réservés / photo
Collection de la Galerie nationale
Trétiakov, Moscou

©Alexandre Rodtchenko / Varvara
Stepanova
Jeunes planeristes. Esquisses pour la
revue L’URSS en construction.
1933
Photomontage sur carton
41,2 x 60,5 cm
Moscou, Multimedia Art Museum
(MAMM)
© Adagp, Paris, 2019 / photo A.
Rodtchenko – V. Stepanova Archive /
Multimeda Art Museum, Moscou

 

 

 

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