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Eloge triomphal des rêves de Mendelssohn où Accentus, l’Orchestre de Chambre de Paris et Laurence Equilbey brillent de mille éclats (Live report)

Eloge triomphal des rêves de Mendelssohn où Accentus, l’Orchestre de Chambre de Paris et Laurence Equilbey brillent de mille éclats (Live report)

18 mars 2012 | PAR Bérénice Clerc

Le songe d’une nuit d’été et La première nuit de Valpurgis de Félix Mendelssohn brillent de toute leur finesse et poésie musicale grâce à l’Orchestre de Chambre de Paris en grande forme sonore et Accentus puissante machine vocale éclatante sous la direction exaltée de Laurence Equilbey.

Grand soleil sur la capitale, les pelouses de la Vilette sont pleines d’enfants joueurs, d’adultes footballeurs, funambules ou acrobates et les terrasses donnent des idées de lâché prise.

Fin de soirée, La Cité de la musique imposante architecture citadine cache entre ses murs l’Orchestre de Chambre de Paris, connu jusqu’alors sous le nom d’ensemble orchestral de Paris, le chœur Accentus, quelques solistes et Laurence Equilbey sans doute concentrée sur sa partition mentale.

Felix Mendelssohn (1809/1847) est à l’honneur, deux de ses compositions sont au programme du soir. Le songe d’une nuit d’été dont il composa l’ouverture  à 17 ans jusqu’à la version finale début 1840, puis La première nuit de Valpurgis composée au début des années 30 puis au cours des années 40.

La Cité de la musique est pleine, les spectateurs sont au rendez-vous, quelques têtes comme sorties de la guillotine dépassent même des galeries.

L’orchestre entre en scène, le La résonne, puis les chanteurs d’Accentus, en formation réduite, Angélique Noldus et Mélanie Boisvert de robes vêtues et Laurence Equilbey, en beau tailleur féminin extra large, baguette à la main entrent en scène sous les applaudissements de la foule.

Le silence attend la musique, d’un geste Laurence Equilbey lance le mouvement.

L’Orchestre de Chambre de Paris met la nuit en lumière, au summum du romantisme la musique finement dirigée, précise et claire inonde l’espace dans une douceur enchanteresse.

Léger, féérique, tourbillonnant, le poème de Shakespeare est à son ouverture livré en un seul souffle. Des croches aériennes, dansantes, des cordes subtiles, murmurées.

Un peu plus tard les flûtes traversières seront d’une sensualité absolue, les balances parfaites et féminines, l’équilibre instruments voix est parfaitement maitrisé par la chef d’orchestre vibrante, sautillante et ancrée au sol comme s’il contenait la musique. Le paradis de l’enfance où les elfes dansent, l’amour apaise, la tendresse rassure, la musique berce, les fées amusent et protègent est poussé à son paroxysme.

La sonorité des vents et des bois est éclatante, les voix du chœur des Elfes font jaillirent des couleurs multiples et projetées comme un tableau de Pollock ou de Twombly. La matière sonore des elfes solos est griffée, légère, lumineuse.

Un léger manque de jeu est à noter chez les chanteuses mais cela n’entache pas leur performance vocale.

Dynamisme, énergie et joie sont au rendez-vous, sons des bourdons, percussions claires, harmonies enchanteresses et amusement sont au rendez-vous de ce théâtre musical.

Les vents se teintent parfois de couleurs vocales, l’ensemble de l’orchestre est poussé très loin dans la performance sonore et la fantaisie par une Laurence Equilbey en grande forme, dans l’absolue nécessité de livrer cette musique ici et maintenant. Tout son corps est engagé, la musique sort par tous les pores de sa peau semblable à une toile de Penone d’où les épines et l’or jaillissent.

Il en fallait du talent pour transcender la marche nuptiale jouée et hélas rejouée par de piètres musiciens les jours de noces, cette version puissante et enthousiaste donne envie à toute la salle de se marier sous le claquement des cymbales amoureuses. Une voix féminine des premiers rangs ne saura d’ailleurs pas retenir son cri du cœur « Ohhhh c’est beauuuu ! », les spectateurs d’un rire tendre acquiescent ses propos.

La première partie se termine avec la même perfection qu’à l’ouverture sans jamais faire d’erreurs aussi petites soient-elles.

La salle entière est romantique, les gens se sourient, osent même se parler comme des enfants joyeux après un spectacle excitant.

La seconde partie va nous délivrer La première nuit de Valpurgis. La lutte des païens contre les chrétiens pour conserver leurs croyances sert de toile de fond symbolique et illustre un phénomène de l’histoire universelle, la mise à l’écart d’une pensée ancienne et bienfondée par une pensée nouvelle.

Les enfants aiment se faire peur, après le rêve vient le cauchemar, cette œuvre complète va démarrer pour ne jamais cesser le flux continu de notes. La musique est sensation, arabesque de violoncelle, vagues de cordes, effets spatiaux impressionnants, maitrise parfaite de l’univers musical romantique tenu avec rigueur par la baguette et la main gauche de la chef toujours en partage avec l’ensemble de son équipe. La voix assurée du ténor Maximilian Schmitt foudroie la salle entière. Accentus déploie une puissance et une finesse vocale exemplaire, les mouvements et effets choraux sont fascinants et multiples. Laurence Equilbey à cheval sur la musique est une cavalière exemplaire, des jambes elle donne l’impulsion et des mains elle dose, affine, guide avec subtilité et donne tout l’éclat rythmique de cette pièce de Mendelssohn enivrante et prodigieuse du début à la fin.

La chef mène la danse avec entrain et exactitude, de dos on pourrait croire à une chorégraphie intuitive de Pina Bausch vue des cintres.

La voix de Sacha Hatala est d’une matière étrange, attirante, troublante, énivrante, angoissante comme celle de la symphonie n°3 de Gorecki, elle habille les notes d’une fine beauté  et vie son texte avec subtilité et interprétation sans emphase.

Un raz de marée de ferveur musicale débarque sur la Cité de la Musique d’un bout à l’autre de l’œuvre le son de L’Orchestre de Chambre de Paris, ses variations, ses couleurs sont d’une beauté rare, au chœur scintillant et majestueux et aux solistes mêlés. Le résultat transmis au cerveau par l’oreille semble irréalisable par des humains, seul nos yeux attestent de la réalité de ce moment.

La première nuit de Valpurgis s’achève sous les applaudissements et les bravos et cris de la foules des spectateurs en extase totale. De multiples rappels, de nombreux saluts, la reprise avec vivacité et enthousiasme d’un morceau de l’œuvre coupera une fois de plus le souffle du public ébahi. Difficile de retrouver la réalité après un tel morceau de bravoure.

Dans le sommeil la musique infuse, le concert rejaillit par vagues et à gros bouillons  irrigue les méandres inexplorées du cerveau, Nuit fantastique.

Laurence Equilbey fête le 2 avril à la salle Pleyel les 20 ans Accentus avec La création de Haydn, un concert à ne vraiment pas rater si celui de Mendelssohn vous a échappé.

Aux vues des prouesses permanentes d’Accentus et de l’Orchestre de chambre de Paris, les promesses sont grandes pour le prochain challenge orchestral et « personnel » de Laurence Equilbey, Insula Orchestra, à soutenir dès l’automne pour La Messe en Ut mineur de Mozart.

Visuel (c) : Jana Jocif, Jean Louis Bergamo.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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