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Une lecture passionnée de la vie de Flaubert, par Marie-Hélène Lafon

Une lecture passionnée de la vie de Flaubert, par Marie-Hélène Lafon

16 novembre 2021 | PAR Blaise Campion

Dans le cadre du festival littéraire Paris en toutes lettres, Marie-Hélène Lafon a donné à la Bibliothèque historique de la ville de Paris une lecture à la fois savante et passionnée de la vie et de l’œuvre de Gustave Flaubert. Un exercice d’admiration et de style que l’écrivaine exécute avec brio.

Le bon Gustave

Ce soir, pas question de sombrer dans une hagiographie pontifiante du grand Flaubert. On parlera plutôt « du bon Gustave », intensément admiré par Marie-Hélène Lafon, mais qui le préfère débarrassé de tout le vernis scolaire. La romancière, lauréate du prix Renaudot  2020, nous emmène ici au plus proche de la vie de Gustave, jusque dans son intimité. Ses relations familiales, amoureuses, amicales, ses lieux de vies, ses problèmes de santé, ses joies et ses peines, tout est raconté dans un style remarquable qui emporte la salle.

Ce n’est pas un cours auquel nous assistons, encore que la majestueuse Bibliothèque de la ville de Paris qui accueille l’événement s’y prêterait bien. Encore que Marie-Hélène Lafon est titulaire d’un doctorat de littérature, qu’elle est professeure agrégée de grammaire et qu’elle s’appuie pour son récit sur les travaux très doctes d’Yvan Leclerc et de Michel Winock. Ce n’est pas un cours mais un voyage dans le temps, un moment suspendu où nous suivons la vie de cet « aventurier et forçat du verbe » que fut Gustave Flaubert.

Troubles obsessionnels

Ce qui rend l’exposé si entrainant, c’est l’exaltation qu’y met Marie-Hélène Lafon. Elle avait déjà avoué son admiration pour l’auteur de Madame Bovary dans le livre qu’elle lui avait consacré, Flaubert (Buchet/Chastel), paru en 2018. Ici, c’est avec beaucoup d’humour que l’écrivaine met en scène cette passion dont elle dresse un « tableau clinique » : « troubles obsessionnels, dépendance avérée… ». La salle rit également lorsqu’elle tente de rendre justice au « corps de Flaubert » que la postérité n’a pas su conserver à son apogée, ou lorsqu’elle confesse la jalousie qu’elle ressent depuis toujours face à Louise Colet, une des principales maîtresses de l’écrivain. Flaubert ne fut pourtant selon Marie-Hélène Lafon que « l’homme d’une seule femme, sa mère ». L’écrivaine offre ainsi un magnifique récit des retrouvailles à Rome de Gustave Flaubert et de sa mère, au retour de son voyage en Orient avec « le cas » Maxime du Camp.

Puis au delà de l’homme, Flaubert fut avant tout un immense écrivain. Il aura ainsi passé « une vie à la table », à écrire : 15 années de travail pour Madame Bovary, Salammbô, et L’éducation sentimentale. Pour achever ce dernier roman, il lui aura fallu 21 heures consécutives d’écriture. Enfin, Gustave Flaubert, c’est aussi une correspondance d’une richesse immense, avec plus de 4000 lettres qui sont autant de témoignages de cette vie hors du commun. « Ai-je bien fait de venir ? » se demandait Marie-Hélène Lafon en introduisant son propos. Nous ne regrettons pas en tout cas d’être venus.

 

Le festival Paris en toute lettres a lieu dans divers endroits de la capitale jusqu’au dimanche 21 novembre. Plus d’informations sur les événements proposés ici.

Visuel : © Jean-Luc Paillé

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