Fictions
Le pavillon des combattantes d’Emma Donoghue : bonjour tendresse

Le pavillon des combattantes d’Emma Donoghue : bonjour tendresse

14 août 2022 | PAR Bernard Massoubre

Dans Le pavillon des combattantes, Emma Donoghue décrit la vie des habitants de Dublin et de ses hôpitaux en 1918. Néanmoins, dans cette ville de misère, trois femmes brillent par leur humanité.

L’ombre

Le récit se situe à la fin de la première guerre mondiale, mais les habitants ne le savent pas encore. En ce temps-là, l’Irlande est ravagée par la misère et par une pandémie qui a décimé 3 à 6 % de la population mondiale : la grippe espagnole. C’est Zola et Dickens réunis : des conditions de vie misérables pour celles qui ne partent pas au front et pour ceux qui en reviennent.

A l’hôpital, dans un service que nous n’oserons pas qualifier d’obstétrique, des infirmières et des médecins peu nombreux se préoccupent de garder en vie « parturientes » et enfants après l’accouchement. L’exercice de la médecine y est difficile. Le seul antiseptique utilisé est l’acide phénique, et les antibiotiques seront découverts plus tard. Les complications infectieuses sont donc fréquentes. Les femmes meurent aussi d’hémorragies par manque (ou absence) de transfusions et de médicaments.

Depuis le moyen-âge, en Europe, des infirmières religieuses gèrent les établissements hospitaliers. Par leur dévouement, elles rendent un service indispensable à la population. Pourtant, rapport officiel à l’appui, ces institutions catholiques ont été d’une cruauté sans nom pour les gamins qu’elles hébergeaient. Emma Donoghue décrit ainsi le comportement déviant des religieuses acariâtres et aigries : culpabilisation (et le mot est faible) des filles mères, humiliation, sadisme, violence, pédophilie…

Et les lumières

Trois femmes portent le flambeau : l’infirmière (civile) Julia Power, Bridie Sweeney une jeune orpheline bénévole et le Dr Lynn.

Julia Power a 30 ans. Elle habite avec son frère, aphasique, victime de stress post-traumatique suite à la guerre. A l’hôpital, par manque de personnel, Julia doit prendre la direction de son service. Elle fait alors l’apprentissage des responsabilités avec courage, de l’organisation aux gestes techniques, en dépit des sarcasmes quotidiens de la religieuse qui effectue la relève.  

Mais, un jour, elle a la chance d’être aidée par Bridie, une jeune femme placée au couvent. C’est elle qui, avec pudeur, révèle les conditions de vie dans les foyers. Pour Julia, cette jeune fille est un don du ciel. Elle rayonne par son intelligence, sa curiosité et son ardeur au travail.

Enfin, l’arrivée du Dr Kathleen Lynn, autre pierre angulaire, complète le duo fusionnel. Ce médecin, engagée en politique, traîne derrière elle une réputation sulfureuse. Bien que protestante, Kathleen s’est engagée, au nom d’un idéal socialiste, auprès du Sinn Féin pour dénoncer le sort des catholiques face à « l’Empire ».  

Dans ce livre, Julia, Bridie et Kathleen font preuve d’une dévotion sans limites avec les patientes et les nouveau-nés : leur engagement est total. Ces femmes viennent chacune d’un milieu social différent. Néanmoins, elles ont un point commun : elles refusent de baisser l’échine devant la bêtise. Et cela, quelles que soient les conséquences.  

Le pavillon des combattantes d’Emma Donoghue est un roman d’espoir et une leçon d’humanisme. Il montre que le bien peut triompher du mal si on ne baisse jamais les bras.

Le pavillon des combattantes d’Emma Donoghue. Éditions Presses de la cité, 359 pages. 21€.

visuel (c) couverture du livre

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Bernard Massoubre

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