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Une Anthologie anachronique

07 avril 2010 | PAR Gary Serverian

Dans son dernier ouvrage Jean-Claude Perrier regroupe plusieurs textes fondateurs du rap à la sauce hexagonale. Fondateurs mais pas nécessairement actuels…
 
Le rap français, Dix ans après s’inscrit dans la continuité du précédent opus de l’auteur consacré à la culture hip hop. D’ailleurs il en reprend la charpente. Une préface et des paroles. Préface dans laquelle l’auteur plante le décor. Enfin, il le replante puisqu’en dix ans il n’a pas changé. « A l’arrache », parce qu’en deux coups de stylo, Perrier dépeint ces quartiers populaires devenus au fil des années ce que certains considèrent comme des « zones de non-droit ». Ces quartiers où certaines plumes soulagent les maux par les mots. Ces zones marginales où le rap est né au début des années 80 de l’autre côté de l’Atlantique. En donnant la parole à ceux que personne n’écoute, le rap est devenu pluriel à mesure que son exposition médiatique grandissait. Il a même survolé l’océan pour poser ses valises dans l’hexagone.
 
Dans sa préface  Jean-Claude Perrier explicite le sens de sa démarche. Réhabiliter la musique rap, genre minoré au sein d’un art considéré comme mineur. Pour résumer le propos, Perrier entend faire de cette discipline marginale un objet de culture légitime. Il entend nettoyer ce qui est sale. Car oui, le rap, le vrai, est sale. Et les rappeurs sont pour la plupart persona non grata. Alors la démarche de Perrier apparaît aussi naïve qu’une pub Benneton. 
 
Mais si les rappeurs sont pour la plupart « infréquentables », certains le sont moins que d’autres. Abd Al Malik, par exemple, est l’archétype du rappeur bien sous tous rapports. « Ouvert d’esprit », sollicitant la collaboration de musiciens issus de divers horizons, chouchou des Victoires de la musique… Il est LE candidat idéal pour permettre au rap d’intégrer le sacro saint de la culture légitime. L’intérêt de cette Anthologie se trouve cependant dans son éclectisme. Car à côté d’Abd Al Malik on retrouve Booba. Le rappeur que l’on aime détester.
 
Booba, Flynt, Rohff, Médine… La « new school » compte plusieurs représentants. Mais voilà, les places d’honneur sont trustées par ceux qui font désormais figures de dinosaures. Dans 0.9 Booba déclarait que NTM, Solar ou I Am c’était de l’antiquité. Et en effet, certains pionniers, dont les derniers albums ressemblent aux ultimes combats d’un poids lourd en fin de carrière, tardent à raccrocher les gants et ce au détriment de la nouvelle génération. Nouvelle génération dont les textes auraient dû noircir les pages blanches de cette Anthologie version 2010. Alors oui Demain C’est Loin ou encore IV My People sont des oeuvres de référence mais ces textes n’ont pas leur place dans le dernier ouvrage de Jean-Claude Perrier. Il datent de la fin des années 90 et auraient dû figurer dans la première édition. A croire que pour Jean-Claude Perrier le bug de l’an 2000 était plus qu’un simple fantasme.
 
Pour excuser cet anachronisme l’auteur ne peut se cacher derrière la faiblesse de l’offre. Les textes de L’ombre sur la mesure, l’un des chefs- d’oeuvre de ces dix dernières années, signé du groupe La Rumeur, auraient dû garnir les pages de cette Anthologie. 
 
Et si la sélection des textes est anachronique, la démarche de Perrier l’est tout autant. Quel est l’intérêt de cette Anthologie quand en deux clics sur le net on a accès à ces classiques de la chanson française ? L’amateur de rap restera donc perplexe devant l’ouvrage de Jean-Claude Perrier. Le quidam amateur de politiquement correct lui y trouvera certainement son compte. Pour l’auteur c’est sans doute l’essentiel. Car il n’y a qu’au néophyte que Perrier peut vendre cette guimauve selon laquelle le rap a sa place au sein de la culture légitime. L’initié, l’amateur de rap lui n’y croit plus. D’ailleurs il n’y a jamais cru.   
 
 
Le rap français, Dix ans après, Anthologie; Jean-Claude Perrier; La Table Ronde; 10 euros
 

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Gary Serverian

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