Livres

Un tout petit monde obsédé par la France au Japon

08 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Professeur de littérature, Michaël Ferrier vit à Tokyo, ville qu’il a déjà su magnifier dans plusieurs ouvrages (Tokyo, Petits portraits de l’aube, Le goût de Tokyo). Son roman « Sympathie pour les fantômes » (Gallimard) écorne à la fois le milieu universitaire et celui de la télé pour donner la parole aux paysages et aux livres, seuls fantômes rescapés du sabir globalisé.

Un professeur français de la noble Université du Centre souffre du contre-coup d’une publication sur la France : une des responsables de l’émission Tokyo Time Table  lui propose de plancher sur une émission qui résumerait toute l’histoire de France. Et son collègue Nazumi, bien vu dans tous les réseaux sociaux universitaires mondialisés, veut absolument le faire participer à un colloque sans sur l’hexagone sans queue ni tête, mais plein de politiquement correct et de jargon. Le héros se sort avec grâce  mais sans assez de glamour du premier devoir  : il choisit de représenter la France par trois figures hexagonales oubliées d’origine antillaise. Le deuxième devoir est moins enthousiasmant, car il n’est pas porté par une belle japonaise. Le professeur fait alors ce qu’il y a à faire sans broncher… en gardant un chien de sa chienne avec ce roman satirique.

Quand le tout petit monde de David Lodge se déplace au Japon, rien ne change vraiment, voire tout empire. Cela s’appelle la mondialisation. Un processus d’appauvrissement lié à un marché de l’éducation de plus en plus centré sur l’identité et reposant sur les épaules d’universitaires super VRP. Heureusement restent les interstices : deux cordes de pianos qui vibrent ensemble ou un vieux livres disparu d’une bibliothèque pour être mieux préservés. Aux côtés de l’ironie mordante avec laquelle Michaël Ferrier décrit ses pairs, les fantômes laissent la place au rêve, à la poésie et aux vraies lectures libres de tout souci de l’origine. De là naissent également les grandes balades de l’écrivain et son style aux accents oniriques. Un roman qui permettra à certains de libérer leurs de quelques boulets.

Michaël Ferrier, « Sympathie pour le fantôme« , Gallimard, 272 p., 17,90 euros.Sortie le 26 août 2010.

« Applaudissements nourris dans la salle… Tout le monde se réveille et frappe dans les mains. La petite secrétaire bouge la tête dans tous les sens, elle piaffe, sa queue de cheval bat sur ses épaules à une cadence effrénée. Ah, le songeur ailé… l’âpre athlète de la pensée! Il pourrait traîner une comète par les cheveux… » p. 64

Three Days in Deauville
Lio chez Régine’s jeudi soir ( ce soir!)
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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