Cinema

Three Days in Deauville

Three Days in Deauville

08 septembre 2010 | PAR Geraldine Pioud

Du vent. De la pluie. Puis du soleil… À l’image du climat, une compétition éclectique : des Juifs orthodoxes manipulés et une (fausse) famille qui manipule. Dans le monde magique du cinéma, les victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Arrivée trempée et ébouriffée du cheveu (le parapluie n’a pas résisté au vent du Nooooord!), c’est avec une forme de joie que je me réfugie dans la salle pour le premier film de la journée. Holy Rollers (Jewish Connection pour le titre français), de Kevin Asch, relate ce qui serait une histoire vraie (selon les dires du réalisateur en conférence de presse) de la fin des années 90. Des pilules d’ecstasy arrive par milliers à New-York : elles sont acheminées depuis Amsterdam par des Juifs orthodoxes recrutés sous un faux prétexte (faire passer des médicaments légaux en Europe mais interdits aux États-Unis). Sam Gold (Jesse Eisenberg), 20 ans, découvre bien vite la vraie nature des produits. Mais l’argent facile l’entraîne dans un univers bien éloigné de son quotidien. Petit à petit il va se brouiller avec sa famille et rejeter les traditions. Entre New-York et Amsterdam, Sam va apprendre à grandir.
Bien-sûr l’ensemble est beaucoup plus complexe que cela : il y a des histoires dans l’histoire et chaque personnage se mue dans la confrontation de ses désirs et de la réalité. Le réalisateur, en choisissant volontairement un ton cynique, éloigne le propos de sa cruauté et se concentre sur les causes humaines. L’argent, c’est pour la famille, pour la future femme et pour les enfants à venir. L’intention est louable même si les moyens sont discutables. Mais le cynisme n’est pas une machine facile à manipuler. Même si l’ensemble du film est très correct, il reste inégal. Trop de changements de rythme dans la narration et le sentiment que le fil conducteur fait des noeuds. Plus de constance aurait rendu Holy Rollers presque parfait. Un premier film a ses défauts. Avec le temps ils deviennent souvent des qualités.

Les salles de Deauville sont quasi pleines à chaque projection. Le public est fidèle au Festival et c’est surtout grâce à lui qu’il continue d’exister. Aujourd’hui ils étaient nombreux à venir voir Demi Moore et David Duchovny réunis dans The Joneses (La famille Jones). Ils forment un couple presque parfait, parents de deux adolescents tout aussi parfaits. Sauf que rien de ceci n’est vrai (cela n’est pas un scoop puisqu’on le sait très tôt dans le film). Cette famille n’existe pas. Chacun des membres est l’employé d’une société d’un nouveau genre : ils doivent tous donner envie à leurs riches voisins de posséder les mêmes choses qu’eux, de la télévision aux jeux vidéos, en passant par les vêtements, les bijoux et la voiture. Dans un quartier qui rappelle le Wisteria Lane de Desperate Housewives, les apparences sont vitales. Démoniaques aussi.
Le réalisateur Derrick Borte propose une vision assez angoissante de la société de consommation, là où la superficialité l’emporte sur l’essentiel. La jalousie, le besoin de posséder (l’herbe est toujours plus verte chez le voisin), les dérives : chacun aura sa propre interprétation, mais nul ne pourra rester indifférent. Le casting est parfait et la mise en scène évoque les grands classiques du cinéma américain. Le rythme est impeccable et, même si les rebondissements sont assez prévisibles, La famille Jones est un film qui pose des questions. À nous de trouver les réponses.


The Joneses – Trailer / Bande-annonce #1 HQ [VO]
envoyé par Sawyer17. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

Holy Rollers (Jewish Connection), de Kevin Asch, avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Danny Abeckaser, Ari Graynor
États-Unis. 1h29. Comédie dramatique
En salles le 23 février 2011

The Joneses (La famille Jones), de Derrick Borte, avec Demi Moore, David Duchovny, Amber Heard, Ben Hoollingsworth
États-Unis. 1h36. Comédie, drame
En salles le 17 novembre 2010

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