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« Un mauvais garçon » de Deepti Kapoor : l’avenir noir de la femme indienne

« Un mauvais garçon » de Deepti Kapoor : l’avenir noir de la femme indienne

05 octobre 2015 | PAR Marine Stisi

Premier roman de l’Indienne Deepti Kapoor, Un mauvais garçon, publié au Seuil, offre un voyage indien audacieux, mais finalement frustrant, alors qu’une jeune femme vit sa première expérience amoureuse.

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Nous sommes à New Delhi, il y a une quinzaine d’années. Pour une femme indienne, la vie n’est jamais simple. Agressions, menaces ou suggestions, tel est le quotidien féminin décrit en arrière-plan par Deepti Kapoor dans son roman, prenant presque la forme d’un reportage. Il n’est pas pensable de sortir seule, de se confronter à la réalité d’une société où l’homme règne en maître. Les femmes elles, obéissent, et malgré tout, sont obligées de supporter les mains caressantes, les regards :

« Regards d’incompréhension, de luxure, de fureur, de désir triste, si vides et inexpressifs que c’en est tantôt terrifiant, tantôt pathétique. Des yeux à ras les nids-de-poule, des yeux rebondissant dans la rue telles des billes, sans qu’on puisse échapper à leur petit bruit sec. Des yeux dans les restaurants, dans les bureaux, à la fac, des yeux à la maison. Des yeux de femmes aussi, réprobateurs ».

Un mauvais garçon se concentre sur la destinée d’une de ces femmes, parmi tant d’autres. Elle est jeune, belle, avait tout pour devenir une épouse modèle et parfaite. Cependant, après la mort de sa mère, et l’abandon de son père, elle se voit recueillir par sa tante, qui décide alors coûte que coûte de lui trouver un mari, le moins mauvais possible, malgré sa situation.

Les prétendants passent et s’en vont, rien n’est assez bien pour cette jeune femme qui rêve à autre chose, trop serrée dans ces vêtements traditionnels. Elle veut vivre, et cette vie, elle va la toucher du doigt grâce à un homme qu’elle croise, par hasard, dans un café. Il est comme les autres, mais pourtant. « Dans ses yeux à lui, il y a la promesse d’autre chose », dit-elle. Avec lui, qui n’est même pas beau, même carrément laid, elle va traverser la ville, la découvrir autrement, cette ville qu’elle détestait, car destinée aux hommes. Il va lui faire découvrir l’amour, le sexe, la drogue, la culture et l’émancipation intellectuelle. Tout ce à quoi elle n’aurait jamais dû toucher.

Mais l’histoire douce et tranquille, très agréable à lire, ne dure qu’un temps, puisque tout s’effondre bientôt, l’amour passionnel n’étant qu’un leurre et la possibilité d’autre chose que la tradition, un mensonge. Cet homme, différent, mais violent, devient bourreau.Que doit-on en déduire, alors ?

Une jeune femme ne peut, en s’écartant du droit chemin, trouver le bonheur ?

Ici, il est regrettable de constater que la morale de l’histoire accable la liberté et la passion, puisque l’héroïne finit par presque se prostituer dans des hôtels de luxe, et que sa voisine, figure secondaire, termine écrasée sur le bitume, alors qu’elle tentait de s’enfuir de chez elle, retrouver son amant.

Le tableau dressé des femmes aspirant à la liberté est bien noir. Alors, que devons-nous en conclure ? Devons-nous continuer à enseigner aux femmes le silence, l’acceptation des violences (psychologiques tout autant que physiques), sous prétexte que dehors, en suivant un homme au hasard, en se laissant aller à une passion, la vie peut être encore pire ? N’y-a-t-il vraiment aucun espoir pour les femmes indiennes de se libérer un jour du patriarcat écrasant et abominable ?

Deepti Kapoor, Un mauvais garçon, Seuil, 204 pages, 17€.

Visuel : (c) DR

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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