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Star Wars, ignorer tu ne pourras… de George Lucas à Thomas Snégaroff.

Star Wars, ignorer tu ne pourras… de George Lucas à Thomas Snégaroff.

08 décembre 2015 | PAR Le Barbu

À l’occasion de la sortie mondiale de Star Wars 7, nous avons sélectionné deux ouvrages pour poursuivre ou réfléchir sur l’aventure Guerre Des Etoiles. Le premier ouvrage est l’essai de Thomas Snégaroff, Je suis ton père, publié chez Naïve, qui nous offre, à travers le prisme de la saga, un regard sur la culture politique américaine et, au-delà, sur le destin de l’Occident. Le second ouvrage n’est autre que la saga complète, 2 volumes en format poche chez Pocket, écrits par 6 auteurs différents dont George Lucas.

« Je suis ton père » de Thomas Snégaroff.

[rating=5]

Star Wars, ou l’histoire de l’Amérique, celle d’un Empire incarnant successivement le Bien et le Mal et d’une saga qui s’est imposée dans l’univers mental et culturel américain. Si la saga nous touche si profondément, c’est parce que l’histoire de la nation tiraillée entre le Bien et le Mal s’incarne dans la trajectoire mythologique d’un héros à la recherche de son père, et finalement de lui-même.

D’après Thomas Snégaroff, La Guerre des étoiles apparaitrait aussi comme une prophétie autoréalisatrice lorsque Ronald Reagan parle pour la première fois de l’« empire du Mal » pour qualifier l’URSS dans son célèbre discours du 8 mars 1983.

« Afin de contrer l’horrible menace des missiles soviétiques […], un programme ambitieux est mis à l’étude pour protéger les États-Unis par un bouclier spatial, identifiant et anéantissant tout missile venu de la haute atmosphère. » (Ronald Reagan)

La Guerre des étoiles est à ce point devenu un référent commun pour les Américains que le président Reagan peut y faire clairement allusion pour les convaincre du bien-fondé de sa politique. Dès le lendemain, au Sénat, Ted Kennedy s’oppose à ce projet qu’il qualifie de « guerre des étoiles » pour mieux le critiquer. Mais Kennedy se trompe lourdement. L’évocation de la saga de George Lucas fédère les Américains autour du projet dans lequel ils se pensent forcément comme du côté du Bien, les Soviétiques ayant naturellement basculé du côté obscur de la Force. L’expression « guerre des étoiles » fait à ce point mouche que Reagan l’utilisera lui même ensuite à plusieurs reprises. Ulcéré par le détournement de son projet, et, qui plus est, servant ceux qu’il considère comme ses ennemis, Lucas tente vainement de s’opposer publiquement à Reagan. En 1985, le producteur intente un procès contre deux lobbies usant et abusant de l’expression « guerre des étoiles » pour « vendre » l’Initiative de défense stratégique auprès de l’opinion publique. Cependant, en novembre de cette année-là, un juge déboute George Lucas. Comme si l’expression de « guerre des étoiles » ne lui appartenait déjà plus.

Toute guerre menée par les États-Unis est non seulement une guerre juste mais une croisade pour le bien de l’humanité. C’est George W. Bush qui a poussé le plus loin cette rhétorique manichéenne, engageant son pays contre « l’axe du Mal », constitué de pays aussi différents que l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord.

« Une lutte monumentale entre le Bien et le Mal, mais au final, le Bien l’emportera ».

Dans La Revanche des Sith, Palpatine gravit la dernière marche. Dans une scène devenue mythique, le chancelier qui œuvre depuis des années à affaiblir discrètement la République prononce un discours fleuve devant le Sénat de la République galactique. Padmé assiste, impuissante, à l’instauration légale de l’Empire en raison de la prétendue trahison des Jedi – que Palpatine qualifie de « séparatistes ». La peur, une fois encore, sert de principal argument. La peur des Jedi donc. La peur de ceux qui, selon lui, veulent détruire l’idéal républicain et contre lesquels il faut lutter coûte que coûte, pas à pas. Palpatine se présente comme le seul capable de garantir le respect des libertés fondamentales, quitte à les mettre un temps entre parenthèses, histoire de garantir d’abord la sécurité: « Nous défendrons notre idéal par la force des armes. »

Alors que Palpatine enterre légalement la République devant un Sénat acquis à ses arguments, Padmé Amidala, consciente de ce qui se joue, lance, désabusée : « Et c’est ainsi que s’éteint la liberté sous une pluie d’applaudissements. » C’est certainement cet aspect auquel tient le plus George Lucas. Quand, à Cannes en 2005, il explique, répétons-le, que « l’un des concepts d’origine a été de montrer comment une démocratie se transforme d’elle-même en dictature », impossible de ne pas songer aux dérives liberticides alors à l’œuvre dans l’Amérique de George Bush (et qui font écho aux dérives de l’état d’urgence dans notre France après les attentats du 13 novembre 2015).

Au fond, nous rognons vos libertés pour votre sécurité. Et comme le dit Eric Schmidt, patron de Google en 2009, lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision CNBC : « S’il y a quelque chose que vous voulez que tout le monde ignore, peut-être devriez-vous commencer par éviter de le faire…» Modèle de société inquiétant, totalitarisme de la transparence qui n’est pas, d’ailleurs, l’apanage des États-Unis d’Amérique.

A lire absolument !

« Je suis ton père » de Thomas Snégaroff, éditions Naïve, novembre 2015, 18€

Star Wars, l’Intégrale.

[rating=2]

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… 

C’est sur ces mots que s’ouvre la saga aux éditions Pocket. La série est publiée en deux volumes rassemblant les 6 épisodes. Le format poche permettra aux fans de les emporter partout, même au boulot, pour les lire en cachette aux toilettes. Car c’est bien aux fans que s’adressent ces deux bouquins, et à personne d’autre. N’y cherchez aucune valeur littéraire, le style est (très) grand public et privilégie l’action. Les 6 épisodes sont de qualité inégale, car confiés à 6 auteurs différents, et donc chacun imprime à la saga son style, sa marque de fabrique. Finalement celui qui écrit le plus mal c’est George Lucas himself… Bref, même si vous adorez Star Wars, mais pas au point de vous déguiser en Jedi à la moindre occasion, ces bouquins ne sont tout simplement pas fait pour vous, lisez autre chose de meilleure qualité que ces parfaits romans de gare ou de plage pas très bien écrits et qui n’ont pas grand intérêt… Car, Non, la République galactique n’est pas en crise, et c’est surement la seule aujourd’hui, car la pompe à fric fonctionne au point d’en devenir pénible, pour ne pas dire indécente. Le Côté Obscur de la Force a finalement gagné car il a réussi à fanatiser son public jusqu’à lui sucer la moelle…

Star Wars, l’Intégrale, Volume I (épisodes 1 à 3) et Volume 2 (épisodes 4 à 6), éditions  Pocket, 12.90 euros, novembre 2015.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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