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Roman : Le Chœur des femmes, Martin Winckler

13 novembre 2009 | PAR Alienor de Foucaud

En librairie depuis le 27 août, le nouveau roman de Martin Winckler nous plonge dans une gynécomédie musicale. Du roman de formation au récitatif lyrique, l’auteur parvient à mêler à son entreprise pédagogique, un récit choral, qui met la femme à l’honneur.

Au CHU-Nord de la ville de Tourmens, théâtre imaginaire des romans de Winckler, le Dr Franz Karma, médecin rebelle à qui sa réputation de séducteur vaut le surnom de «Barbe-Bleue», dirige l’Unité 77, microcosme utopique au sein duquel les femmes sont invitées à partager leurs angoisses, poser des questions et parler d’elles. Le roman s’ouvre sur l’arrivée de Jean Atwood, jeune et brillante interne, major de sa promotion, se destinant à la chirurgie gynécologique et contrainte de valider six mois de stage au sein de ce service pour mettre fin à sa formation. Hors de question pour elle de perdre son temps à écouter des histoires de femmes en tenant la main des patientes.

Dix jours s’écoulent ainsi, durant lesquels la jeune interne va apprendre non seulement à connaître les femmes mais à se connaître elle-même. On assiste ainsi à la lente conversion du Dr Atwood, partageant le soulagement et l’euphorie qui s’emparent d’elle au fur et à mesure que ses défenses tombent ainsi que les immenses gratifications qui lui sont offertes par ce nouveau rapport à son métier et aux patientes

Outre la dimension formatrice de ce roman qui prend les aspects d’un récit initiatique et d’une quête, il s’agit aussi pour Martin Winckler de livrer un savoir, mettant en place une littérature du « double métier ». En effet, la connaissance intime de son sujet lui permet d’assurer la vraisemblance de ce qu’il raconte donnant à son entreprise littéraire une valeur documentaire ; exposant sa vison de la profession médicale et les chambardements dont elle aurait besoin pour le bien de la société. Il transpose ainsi dans la fiction, ce qui dans la vie réelle l’empêche d’exercer son métier dans les conditions dont il rêve.

Enfin, l’auteur donne à son roman une dimension musicale importante, ici la parole se substitue à l’écriture, un chœur antique de femmes chante le récit, arias et lamentos se succèdent laissant libre cours aux plaintes d’êtres désemparés et perdus, qui grâce à la parole parviennent à se libérer. Des histoires indicibles achèvent de boucler le roman : parce que tout ce qui était irrévélable a été dit, les secrets peuvent enfin être dévoilés.

Martin Winckler parvient donc à mêler action et suspense à un propose militant au travers d’une écriture vive et enthousiaste ; reste à espérer que ce livre pourra réveiller des vocations et donner envie à des jeunes médecins de prendre leur courage à deux mains, et de s’en aller à leur tour, terrasser le dragon.

Martin Winckler, « Le choeur des femmes », POL, 22 euros.

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Alienor de Foucaud

2 thoughts on “Roman : Le Chœur des femmes, Martin Winckler”

Commentaire(s)

  • recht

    Bonsoir,
    J’aurai bien aimé expliquer pourquoi ce roman a été si important pour moi.
    A part ce toubib qui (on en aimerait toute un comme ça) qui privilegie la parole à l’acte medical,
    il y a Jean, qui m’a fait comprendre une chose que j’imaginais deja savoir : le droit à la difference.
    Cette difference sexuelle, qui n’est visible que dans l’intimité,
    qui est acceptée par un pere dans le tourment.
    Par ce roman vous m’avez donné encore plus d’ouverture, j’en suis ravie !

    mars 27, 2010 at 23 h 37 min

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