Livres

Roman : le bon larron, d’Hannah Tinti

29 novembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Le premier roman d’Hannah Tinti transcrit dans des mots d’aujourd’hui, les sons, les odeurs et les problème d’un orphelin américain du XIX e siècle. Sans mélodrame, et donnant vie à une galerie de personnages s’étoffant de rebondissement en rebondissement, « Le bon larron » est un livre qui ne se lâche pas.

Ren est un orphelin manchot de 12 ans recueilli par les frères de Saint-Antoine dans un village de la côte Est. S’il n’est pas tout à fait malheureux dans la saleté et la faim de l’orphelinat improvisé, c’est grâce à sa foi et à ses amis, deux jumeaux dont la mère s’est noyée. Quand il est malheureux, il commet de petits larcins : des cailloux, mais surtout et si possible, des livres qu’il dévore en cachette. Sa seule peur est d’être livré à l’armée, quand il aura l’âge. Le seul moyen d’échapper à ce sort est d’être adopté, mais avec sa main coupée, il a peu de chance de trouver du travail dans une ferme. Aussi, quand un homme mature et charismatique mais aussi assez louche prétend qu’il est son frère et qu’il vient le chercher, Ren le suit. Il apprend bien vite que son nouveau tuteur est un voleur de grands chemins, travaillant en équipe avec un ancien instituteur alcoolique. Une de leurs activités principales est de déterrer les cadavres pour les vendre à des médecins…

Bien loin des rag to riches stories, « le bon larron » ressuscite la vie de petites gens vivant sur la côte est des Etats-Unis au XIX e siècle. A travers sa description d’une véritable cour des miracles ou religieux, femmes d’intérieurs, médecins, industriels, larrons  et assassins se côtoient sans manichéisme, Hannah Tinti parvient à évoquer non seulement les situations, mais aussi les sensations de cette époque. Ni conte de fée, ni livre misérabiliste, le roman tourne autour de la personnalité vive et curieuse de Ren, auquel de lecteur s’attache toujours plus, à chaque page tournée. Le bien ou le mal ne sont jamais concentrés dans un camp : les tueurs à gages peuvent être fidèles, les matrones maternelles, et les moines pingres et groumands. Un grand bain bouillonnant de vie, d’aventures et de rencontres réjouissantes.

Hannah Tinti, « Le bon larron », trad. Mona de Pracontal, Gallimard, collection « Les belles étrangères », 24 euros.

« Il fallait une enveloppe. Et un timbre, 9a allait coûter de l’argent, supposa–t-il. Il plia la lettre en deux. A chaque pliure, il sentait décroître son envie de l’envoyer. Ils comprendraient sûrement qu’il mentait. Il se rendit alors compte que toutes les lettres envoyées par les enfants adoptés devaient être des mensonges, elles aussi« . p. 91

Les Enfants du soleil ou comment transformer Gorki en auteur de boulevard
Yodelice pour deux soirs à la Cigale
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Roman : le bon larron, d’Hannah Tinti”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *