Théâtre

Les Enfants du soleil ou comment transformer Gorki en auteur de boulevard

29 novembre 2009 | PAR Audrey Saoli

Pour comprendre toute l’ampleur de la pièce, il est important de replacer les Enfants du soleil dans son contexte. Cette pièce est écrite par Gorki, un auteur naturaliste contemporain de Tchekhov, dans un contexte de pré révolution russe. Celui-ci, très favorable à cette révolution, écrit cette pièce pour prévenir les Russes que le monde est en mutation.


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La mise en scène de Come de Bellescize passe complètement à côté de l’enjeu principal de cette pièce. Lorsque Gorki place son intrigue dans la bourgeoisie russe c’est pour mettre en valeur l’incompréhension des hautes sphères de la société russe pour les changements majeurs s’opérant dans leur pays. Come de Bellescize, lui, se sert de ces personnages pour nous plonger en pleine farce bourgeoise. Dans cette mise en scène le centre de la pièce semble être le carré amoureux entre Protassov, Elena, Liza et Vaguine. Mais le chimiste qui ne voit rien à ce qui se passe autours de lui, n’est pas seulement aveugle face à son couple mais il l’est face au monde en général.

Même à la fin de la pièce, moment très fort où le prolétariat s’impose aux aveuglés qui tentent tant bien que mal de fermer les grilles de leur château, Come de Bellescize en fait une fin burlesque où l’on lance des pétards et où tous les personnages se retrouvent les fesses par terre. Quant aux costumes leur manque de subtilité est frappant. Etait-t-on vraiment obligé d’habiller Lisa en rose parce qu’elle est censée être simplette ?

Il est dommage que la belle énergie des comédiens soit si mal exploitée. Il y a tout de même quelques bonnes idées de mise en scène. Le cube de plexiglas pour symboliser l’enfermement, malgré qu’on l’ai vu mille fois, a le mérite d’être une véritable idée de mise en scène. Dommage que les trouvailles soient si rares. A trop soigner le rythme de sa pièce, Come de Bellescize en a oublié de la mettre en scène. Il a transformé un drame russe en une pièce de boulevard.

Il faut tout de même avouer que beaucoup de mes voisins ont pris du plaisir à cette légèreté et que, sans doute, on peut en prendre…

Les Enfants de soleil, théâtre 13, 103A boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris, M° Glacière, du 3 novembre au 13 décembre 2009, TP : 22 euros, TR : 15 euros.

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Audrey Saoli

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