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« Le retour de Gustav Flötberg » de Catherine Vigourt, un come-back réussi

« Le retour de Gustav Flötberg » de Catherine Vigourt, un come-back réussi

02 mars 2018 | PAR Jérôme Avenas

Les Éditions Gallimard publient un très réjouissant roman de Catherine Vigourt. Gustave Flaubert est de retour, dans la peau d’un écrivain islandais auteur de sagas policières à succès. Un roman en forme de fantaisie fantastique, d’une grande finesse et drôle en diable.

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Il en faut du culot pour se lancer dans un tel projet où sont réunis tous les ingrédients pour se planter magistralement. Un récit dans lequel un Flaubert revenant découvre le XXIème siècle accumule tellement de chausse-trappes que la réussite de Catherine Vigourt n’en est que plus éclatante. Pas de catalogue, de liste des bizarreries de notre époque que le regard de Flaubert épuiserait de sa piquante lucidité, mais çà et là quelques remarques bien senties. Pas de fausse révérence appesantie, mais au contraire une légèreté de ton qui tutoie un Flaubert familier (et tellement aimé !). Catherine Vigourt s’amuse follement et le lecteur prend son pied.
Les citations de Flaubert dont est truffé le texte –  la célèbre « ce fut comme une apparition » de l’Éducation Sentimentale, par exemple – ne sont jamais déclamées avec un sourire entendu de happy few. Quant aux références à l’hénaurme correspondance de l’écrivain, même si l’on passe sans doute à côté de certaines, faute de connaître en détail les abondantes lettres, elles ne sont jamais gratuites. On ne trouvera pas non plus la vaine tentative d’un « dictionnaire des idées reçues » du XXIème siècle. Catherine Vigourt évite ces écueils et écrit avec jubilation un récit rythmé et solide.
Or donc, Gustave Flaubert qui s’est endormi en Égypte en compagnie de son ami Maxime Du Camp se réveille en 2014 dans la peau de Gustav Flötberg, cinquante-six ans, écrivain islandais à succès. Le romancier français, lui, a trente ans à peine et n’a pas encore écrit Madame Bovary qui deviendra son chef d’œuvre absolu et sa gloire. Gustave Flaubert est tellement auteur et si peu écrivain. Gustav Flötberg, lui, est écrivain jusqu’au bout des ongles, avec tout ce que le début du XXIème siècle entend par cette fonction sociale : best-sellerisé, « extra dans sa veine littéraire », « bourré de followers sur les deux comptes », adapté à l’écran et surtout accompagné d’un agent littéraire en la personne de Nancy Erocratos. La dynamique entre les deux personnages donne des scènes parmi les plus savoureuses du roman. Mais c’est surtout dans la cohabitation étrange entre un auteur du XIXème siècle travailleur acharné, à la recherche du style parfait et un écrivain du XXIème siècle, pisse-copie à la « médiocrité prenante » que réside le suc d’un livre que l’on relit pour en puiser toujours plus de richesses. Le propre du fantastique est d’entretenir une ambiguïté : est-ce Gustave Flaubert qui se réincarne ou Gustav Flötberg qui se prend pour lui ? Épilepsie d’un côté, AVC de l’autre, toutes les hypothèses d’un brouillage neurologique à double entrée sont possibles. Cette hésitation contrôlée donne tout le brillant au récit : dans tous les cas Flaubert est de retour, son éternel regard nous accompagne.

Catherine Vigourt, Le retour de Gustav Flötberg, Éditions Gallimard, février 2018, 144 pages, 13,50€

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Jérôme Avenas

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