Essais
« Ressac » de Diglee : ode à la reconquête de soi

« Ressac » de Diglee : ode à la reconquête de soi

18 juin 2021 | PAR Marine Stisi

L’autrice et illustratrice Diglee publie Ressac, journal d’une retraite littéraire effectuée en février 2020 dans une abbaye bretonne. L’occasion pour la jeune femme de questionner ses angoisses, ses désirs, sa création, avec sensibilité et lucidité.

S’éloigner pour mieux écrire

Il n’est pas rare (il est même fréquent) que celui ou celle qui cultive en son cœur le désir d’écrire ressente le besoin de s’isoler. L’écriture est une action solitaire, un moment qu’il faut s’accorder avec soi. Hors, la vie telle que nous la vivons nous oblige, souvent, à repousser à plus tard ces velléités. 

Illustratrice de talent, populaire pour ses romans jeunesse et pour le blog qu’elle créé en 2008, Diglee sent en février 2020 le poids du temps qui passe et qui manque, le poids des obligations et des situations familiales difficiles. Dépassée, elle ressent le désir, ardent, brûlant, de s’effacer du monde l’espace d’un instant. Sur un coup de tête, la jeune femme réserve en ligne quelques nuits dans une abbaye bretonne, cultivant le fantasme des romans gothiques. Arrivée à destination, nulle trace de ce qu’elle avait imaginé, mais peut-être finalement, y trouvera-t-elle mieux encore que cela : des rencontres inattendues, des silences inspirants, et surtout, une chambre à elle, avec une couverture rose.

Les femmes de sa vie

Ressac est le récit de cette retraite, de ces quelques jours loin de tout mais au plus proche d’elle-même. Diglee y conte avec beaucoup de sensibilité et d’une plume très belle ses occupations, ses découvertes, ses balades. Elle y conte ses conversations intimes avec des femmes qu’elle n’aurait jamais rencontrées si elle n’était pas venue jusqu’ici. Elle convoque aussi la mémoire des autrices qu’elle aime, n’hésite jamais à évoquer les livres importants de son panthéon personnel (Patti Smith, Benoite Groult, ou Anaïs Nin, évidemment).

Cette retraite, d’apparence solitaire, s’avère être en réalité peuplée des figures féminines de sa vie (sa mère, sa grand-mère) autant que des femmes artistes qui ont participé à la naissance de sa propre créativité et féminité. Il y fait une petite place pour un homme, son beau-père, victime peu de temps avant son départ d’un accident de la voiture, révélateur des troubles qui l’habitent.

Ressac est un livre très doux qui se lit d’une traite, captivant dans ce qu’il a d’intime et d’intense. Une ode à la reconquête de soi, au temps présent et à l’attention qu’il ne faut jamais oublier de porter à soi-même.

Ressac, Diglee, La ville brûle, 180 pages, 17€.

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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