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Picasso sous le soleil de Françoise : des femmes et de la tauromachie

30 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

Catalogue ensoleillé de l’exposition qui se déroule jusqu’au 7 octobre 2012 au Musée des Cultures taurines de Nîmes, « Picasso sous le soleil de Françoise » est un ouvrage érudit mais accessible à tous et qui a la bonne idée de rompre avec le mythe de bourreau des cœurs et tortionnaire des femmes noircissant l’aura du maître espagnol. Un beau livre signé Annie Maïllis aux éditions Images en manœuvre qui mêle corridas, minotaures et lumière provençale.

A la fin de la Guerre, Françoise Gilot, la vingtaine à peine entamée, est une jeune fille de bonne famille à la beauté renversante. Elle est « présentée » à Pablo Picasso, de quarante ans son aîné, pour remplacer à ses côtés la créative et malheureuse Dora Maar. L’arrangement donnera lieu à plus de dix ans de vie commune et deux enfants. Peu inspiré par le témoignage de la muse elle-même (« Une vie avec Picasso », 1964, édité en collection 10/18 depuis 2006), « Picasso sous le soleil de Françoise » ouvre de nouvelles perspectives.

Née en Camargue et agrégée de Lettres, Annie Maïllis, spécialiste de l’impact de la tauromachie sur l’art du 20ème siècle, place Françoise au centre d’un tournant majeur d’un thème constant de l’œuvre de Picasso: la corrida. Tandis-que les « ères » Olga, Marie-Thérèse ou Dora, correspondent à des scènes taurines d’une extrême violence, où le taureau-artiste viole ses compagnes comme Zeus s’approprie Europe, Françoise est celle qui parvient à déplacer physiquement Picasso en Provence. Le foyer du couple, à Vallauris situe Picasso à proximité des corridas de Arles ou Nîmes, où il se rend fréquemment.

Riche de 292 reproductions et de photos connues ou plus rares, et toutes commentées et éclairées, « Picasso sous le soleil de Françoise » est plus qu’un catalogue d’exposition; c’est un essai qui porte en lui une thèse forte et qui parvient à tenir ensemble deux thématiques qui semblent au départ plus parallèles que complémentaires : le rapport de Picasso aux taureaux et son rapport aux femmes. Une somme de connaissances, parfaitement référencée, que le style de l’auteure pousse à dévorer du début à la fin et qui donne envie de faire un petit détour par le Musée des Cultures taurines de Nîmes, cet été.

 

Annie Maïllis, « Picasso sous le soleil de Françoise », éditions Images en manœuvre, l’artiste, la femme, le toro, 20 x 26 cm, 184 pages, 35 euros.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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