Fictions
“Performance” en demi-teinte pour Simon Liberati

“Performance” en demi-teinte pour Simon Liberati

18 août 2022 | PAR Marianne Fougere

Dans son nouveau roman, l’écrivain est à l’image de son anti-héros : en manque d’inspiration.

 

Nous avons eu l’occasion à plusieurs reprises de dire dans ses colonnes tout le bien que nous pensions des livres de Simon Liberati. De leur côté délicieusement bohème et légèrement suranné. Du talent de leur auteur, exégète chamanique des souvenirs d’une époque révolue. Mais parfois, cela ne s’explique pas, la magie n’opère pas. Ou du moins n’opère plus.

On retrouve pourtant dans Performance tous les ingrédients qui font un bon Liberati : des idoles (en l’occurrence ici les Beatles), un anti-héros, des fêtes, des spectres, de la musique, etc. Et ce style qui n’appartient qu’à lui de faire revenir les morts et les presque vivants. Pourtant, malgré une plume qui ne manque pas de souffle, le charme des précédents romans est comme rompu. Cet écrivain – pas Liberati, son héros… – en panne d’inspiration nous agace. Peut-être est-ce parce qu’il ressemble à un autre romancier déchu, du fait d’un amour partagé pour les jeunes filles ? À moins que ce ne soit l’incapacité de Liberati à se livrer à une performance, avec ce qu’elle comporte d’improvisation, qui nous ennuie ?

Au fil des pages, s’installe en effet un air de déjà-vu, de déjà-lu. Certes, l’auteur brode autour de ses thèmes de prédilection. Mais il y a autre chose. On a l’impression de croiser, sinon de vieux amis, du moins les personnages des précédents opus de l’auteur. Comme si Liberati ne parvenait pas à dire au revoir aux California Girls ou à Eva, à rompre avec ses routines d’écriture et, in fine, à sortir de sa zone de confort. Certes, aucun traité ou décret littéraire n’interdit les variations autour d’un même thème – Pierre Ducrozet signe à ce sujet un magnifique roman. On ne pourra, cependant, pas nous reprocher de faire la comparaison et de penser que c’était mieux avant. Ce qui n’empêche pas qu’il nous tarde de lire le suivant !

 

Simon Liberati, Performance, Paris, Grasset, sortie le 17 août 2022, 252 p., 19 euros.

Visuel : couverture du livre

“Récitatif” : nouvelle inédite en noir et blanc de Toni Morrison
“Variations de Paul” : sublime boléro signé Pierre Ducrozet
Marianne Fougere

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture