Fictions

« Eva » de Simon Libérati : Le pouvoir rédempteur de l’amour … de la littérature

« Eva » de Simon Libérati : Le pouvoir rédempteur de l’amour … de la littérature

06 septembre 2015 | PAR La Rédaction

Après avoir prononcé son oraison funèbre dans Anthologie des apparitions (Flammarion, 2004), Simon Libérati dresse dans Eva l’éloge incandescent d’une « idole intérieure », sa femme, Eva Ionesco.

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1979-2013. Deux dates qui marquent un saut d’époque à la mesure du saut ontologique que provoque la rencontre d’une jeune fille « à l’air farouche mais jolie ». Fulgurante apparition croisée au hasard d’une soirée, la jeune fille n’en ai pas pour autant une anonyme. Eva, gamine de douze ans perchée sur de hauts talons, est la fille et le modèle de la photographe Irina Ionesco dont les clichés érotiques, voire pornographiques, ont assuré la sulfureuse notoriété. Mais le couple mère-fille n’est pas au cœur de l’ouvrage de Simon Liberati. S’il évoque la relation perverse, nouée au cours des années et des séances de pose entre l’enfant terrible et la « vieille femme hystérique », entre l’artiste et sa muse, c’est moins par voyeurisme que par souci de saisir au plus vif son personnage principal, de retracer le parcours de cette survivante que représente Eva. Eva et non Marina comme il l’avait rebaptisée dans son premier roman. Si Irina apparaît, dans ce conte vrai, c’est sous la forme d’un spectre. Mieux, Simon Liberati dérobe à Ionesco-mère l’objet de son fétichisme, le sublime.

1979-2013. Un territoire des écarts que Libérati explore, déplie et re-déplie pour y tisser le récit d’une triple conversion : religieuse, amoureuse, littéraire. Mais n’a-t-il pas épousé Eva, ne s’est-il pas converti, comme elle lui reproche elle-même, pour écrire précisément un roman d’amour ? A son meilleur, l’écriture poétique de Liberati capte toute la magie du destin de deux inséparables unis par le lien de la grâce et de la ruine. En exégète chamanique, Liberati décrypte le sens caché des coïncidences, nous envoute et nous plonge dans un abysse d’indices et de souvenirs. Mais, à trop vouloir jouer les funambules, il risque de perdre l’équilibre et son lecteur avec lui. L’enquête patine, l’accumulation des références littéraires et la surenchère du name-dropping agacent. Pire, le charme est comme rompu quand, dans son récit initiatique, Liberati confesse avoir trouvé dans « quelques lignes photocopiées d’un journal médiocre » l’exacte impression de ce qu’il avait lui-même ressenti lors de sa rencontre avec le petit « monstre ».

Que le journaliste « payé au lance-pierres » n’ait pas réussi a « sauver le caractère » d’Eva mais d’Eva explique sans doute pourquoi l’écriture d’Eva s’est imposée à l’écrivain pour résoudre le « dilemme » auquel il se voyait confronté. Et au regard de la polémique médiatico-judiciaire, on ne peut que se réjouir de l’existence de ce livre qui apparaît comme un acte de résistance face à ceux désireux de museler la littérature. On peut regretter cependant que les promesses n’aient pas été toutes tenues, condamnant l’enchantement à de trop rares moments de fugacité.

Simon Libérati, Eva, Stock, 278 pages, sortie le 19 août 2015, 19,50 euros.

Marianne Fougère.

visuel : couverture du livre.

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