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Paradoxia : Au Diable Vauvert réédite Lydia Lunch

16 septembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Publié à la Musardine, le texte fort de l’icône post-punk américaine Lydia Lunch sur son arrivée mouvementée à New-York dans les années vient de ressortir, plus de dix ans après sa parution, Au Diable Vauvert. Au progreamme : sexe, drogue et rock’n roll qui feraient figure de témoignage fossile sans l’extraordinaire écriture, vivante, érotique et fort bien traduite, de l’auteure. Livre Cul-te préfacé par Virginie Despentes et Hubert Selby Jr.

A 16 ans, l’héroïne de Paradoxia, débarque à New-York. Elle aime déjà le sexe, et a envie de tout connaître des dessous de lavie de la grande ville. Elle commence par vivoter chez des amants de passage et par vendre un peu de crack pour survivre. Elle travaille également dans des bars d’hôtesses, au noir. Rencontres avec des pseudo-artistes décalés, voisinage des rats et de la vermine, trips avec leurs cimes et leurs abîmes et surtout menu détail des perversions sexuelles des hommes et des femmes qu’elle croise, Lydia Lunch est prodigue en détails. Il y a bien sûr les mâles qui savent l’arrêter : le pseudo- Marlon Brando autoritaire et le californien aussi raffiné que destructeur. Rien de très nouveau, donc dans cette vie de débauche et son panégyrique. Si ce n’est une formidable vitalité, la sauvagerie du besoin et du désir affranchis de la morale, qui, sous une plume féminine est parfois nuancée par une once d’empathie pour les hommes âgés et travailleurs auxquels elle est fascinée de pouvoir apporter un peu de réconfort par son sexe. Crues et omniprésentes, les scènes de sexe n’en sont pas moins lumineuses et érotiques. La maîtrise de cet exercice difficile transmue le témoignage en littérature.Chapeau bas également au traducteur, Charles Wolfe.

Lydia Lunch, « Paradoxia, Journal d’une prédatrice », trad.Charles Wolfe, Au Diable Vauvert, 256p., 18 euros. Sortie le 18 août 2011.

« New-York ne m’a pas corrompue, j’y suis allée parce que je l’étais déjà. Dès l’âge de 6 ans, mes tendances sexuelles étaient encouragées à outrance par un père qui n’avait aucun contrôle sur ses fantasmes, ses penchants ou ses pulsions criminelles. Tel père, telle fille. Avant d’atteindre l’adolescence, j’avais déjà essayé la mescaline, le THC, l’herbe, les acides, les Qaaludes, les Tuinals, le Valium et la poussière d’ange. j’étais déjà rodée : vol à l’arraché, vol à l’étalage, truanderies en tout genre. New York était un gigantesque magasin de bonbons, un étal de boucher, un asile d’aliénés, une scène. Au milieu de cinq millions d’autres junkies, toxicos, alcooliques, arnaqueurs, rêveurs, conspirateurs et proies insouciantes, New York m’offrait le luxe de l’anonymat. Une cour de récréation pour le diable. » p. 55

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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