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On ne tue pas les gens: Alain Defossé passe du fait divers au roman noir

23 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

Traducteur de Brest Easton Ellis, Chuck Palaniuk, Irvine Welsh et Joseph Connolly, Alain Defossé a sorti cet hiver un ouvrage court et percutant sur un fait divers dont il a été l’un des témoins. Quand le passé percute le présent, et quand la vérité nue ne peut que s’approcher, l’auteur propose un texte aussi intime que noir.

Pour lire une autre critique du roman, rendez-vous sur « Laisse parler les filles« , un blog littéraire aussi énergique qu’excellent.

La petite ville bretonne de Châteaubriant, le bar « La Louisiane » est la scène d’un crime odieux. Le nouveau patron du bar, Didier, père de famille et homme éminemment sympathique a fracassé le crâne et caché pendant huit jours le cadavre d’une jeune fille d’une cité voisine. Et il n’en est pas à son premier crime. Quand la police vient l’arrêter, personne dans la ville ne peut le croire coupable après avoir bu des verres chez lui pendant près d’un an. Le narrateur surtout, qui était à la Louisiane le soir du crime et est parti juste avant qu’il ait lieu, ne peut pas oublier la surprise et l’effroi qui l’ont saisis. Dix ans après les faits, une mauvaise émission présentée par Christian Hondelatte le convainc qu’il faut écrire.

Dans un style ouvert, incisif et même, à temps, brutal, Alain Defossé livre sur deux lignes des temps – la narration des faits le soir S, le souvenir qu’elle a laissé dix ans après- un roman à la fois limpide et complexe. Dénonçant tout de suite le coupable, il n’en renonce pas moins pour autant à planter petit à petit une ambiance vénéneuse qu’on n’hésiterait pas à comparer à un film de Chabrol, si elle n’allait pas autant voir de l’autre côté de l’Atlantique. Le narrateur ne cherche pas à comprendre l’acte criminel en lui-même, il décide plutôt d’évoquer l’incrédulité des gens face à un tel acte. Ce faisant il sonde bien plus le monstre qui dort peut être en lui-même  et en chacun que celui qui a poussé Didier  à passer à l’acte. Un texte amer serré comme un expresso qui laisse le lecteur la tête pleine de questions

 

Alain Defossé, « On ne tue pas les gens », Flammation, 145 p., 15 euros. Sortie le 4 janvier 2012.

« C’est forcément ce que j’ai pensée, en voyant Didier pour la première fois, ce petit gars brun au sourire rouge qui s’installait parmi nous, j’ai forcément eu la même réaction qu’un macho devant une petite serveuse, parce qu’il donnait ça à voir et à ressentir Didier, il était mignon Didier le tueur, et sympa, oui, et bien  foutu si vous voulez tout savoir, pas beau mais gentil, mais charmant, voilà, c’est cela, un type charmant, qui peut plaire à une belle-mère autant qu’à un traîne-bars, autant par la séduction de son sourire que par la séduction en 3D de son corps et de ce qui en émane. » p. 44.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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