Livres

Maitresse Cathy, dialogue avec une insoumise aux éditions La Musardine

16 octobre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après « Mauvais genre »(Ed Hugo&Compagnie) où il s’attaquait à la question trans par le biais de la fiction, l’auteur et photographe Axel Leotard retrace en dialogue avec elle la trajectoire de Maîtresse Cathy, ancienne prostituée, maîtresse ed Donjon et ancienne championne de Bodybuilding. « Maitresse Cathy, l’insoumise » est témoignage passionnant porté par un vent de liberté et d’authenticité.

C’est dans le cadre de son travail de photographe sur la performance physique qu’Axel Leotard a rencontré Maitresse Cathy. Celle-ci lui ouvre son Donjon, et très vite, se met à lui raconter sa vie. Le résultat de cet entretien est un livre dense, clair et passionnant dont les 10 sections commencent toutes pas une scène de S&M avec un client. Enfant solitaire de militaire, violée à l’âge de 16 ans par un étranger, Cathy décide ce jour-là d’être toujours du côté de ceux qui ont le pouvoir. Brillante à l’école, elle ne s’intéresse pas aux cours et commence avant 20 ans le métier de prostituée de luxe à Bordeaux. Elle fait part de sa vocation à ses parents, qui, après une première scène, l’acceptent. Son père tiendra les comptes de Cathy pendant près de 40 ans. Très vite, l’enfermement du bordel l’ennuie et Cathy aime travailler dans la rue. Elle obtient qu’un client enamouré l’emmène à paris où elle découvre avec exaltation la rue Saint-Denis de la fin des années 1970 : « La rue empestait le sexe et l’argent; de la luxure à l’état pur mêlée à la sensation d’une liberté qui fait presque pleurer quand on se retourne en arrière » (p. 25). Cathy revient alors à sa vie nocturne et échange volontiers la sécurité de sa vie avec l’ami très riche qui l’a amenée à Paris contre la liberté de disposer de son corps et de ses mouvements. Elle trouve un Mac solide et compréhensif et s’installe rue Saint-Denis. Petit à petit, elle se spécialise dans le S&M; ce sont ses clients qui équipent peu à peu son petit appartement en Donjon. Cathy gagne très bien sa vie. Mais une trahison de son mac, le changement de la rue St Denis avec l’arrivée de la drogue abordable pour tous et donc très lucrative, et les confidences d’une collègue violée par un clients convainquent Cathy de s’arrêter pour revenir chez ses parents. Là, elle trouve son salut dans le sport et se met à transformer son corps en s’entraînant plus de 4 heures par jour. Mais l’asséchement musculaire ne va pas sans prise de stéroïdes, qui fragilisent Cathy. Bient^to, ce sont ses cartilages qui menacent de la lâcher et elle doit s’arrêter. Elle reprend alors la route de Paris. Après une grande période de f^te où elle reprend l’alcool, et les soirées aux Bains-douches, elle  arrête entièrement la prostitution et se spécialise dans le S&M. Franc, direct et retranscrit sans aucun jugement, son témoignage décrit le parcours d’une femme libre, sans aucun regret, culpabilité et donc sans pose d’intellectuelle féministe pour analyser son passé. C’est aussi un joli hommage à la rue Saint-Denis du début des années 1980.

Axel Leotard, « Maitresse Cathy, l’insoumise », La Musardine, hors collection, 132 p., 14.50 euros. Sortie le 13 octobre 2011.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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