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Les Femelles de Joyce Carol Oates

26 avril 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Elles sont neuf. Neuf femmes, filles, gamines, peu importe, ce sont des femelles, ce sont des tueuses. Elles s’appellent Lucretia, Poupée, Kristine ou Mme G. Toutes sont en proie à un désir de vengeance, habitées et hantées par un mal sournois  qui se tapit en elles, attendant le moment propice pour se manifester. Une vague meurtrière fulgurante traverse ce roman composé de neuf nouvelles qui s’entrechoquent dans une folie criminelle.

Lucrétia Rayburn semble coincée de prime abord, frigide même. Ses cheveux blond pâle et ses yeux rusés affichent un air angélique. Mais ce fameux soir, alors qu’une voix inconnue l’interpelle à l’autre bout du combiné de téléphone, quelque chose lui arrive, elle devient quelqu’un de spécial, un tournant de sa vie vient d’opérer. Soudainement, le pouvoir s’inverse, les mensonges et les tromperies ressurgissent, les hostilités sortent de l’ombre.

Poupée n’a que onze ans. Et pourtant. Abritée dans son insouciance enfantine, elle exhibe un mélange fascinant de timidité et de sournoiserie, à l’image d’une Lolita, cette nymphette sait embobiner son narrateur et son lecteur.

Kristine est répugnée à l’idée de toucher et de manier ce pistolet calibre .22, et pourtant quelqu’un pressera forcément la détente, mais qui ? Kristine a découvert en elle que oui elle aime le secret. Elle aime le danger, le risque, elle n’a plus peur, armée de son courage, elle sait rester digne et ne courbe pas les épaules. Jamais.

Secrets, mensonges, trahisons, obsessions possèdent ces femmes, comme poussées hors d’elles-mêmes, par un élan qui leur échappe, insaisissable et irrévocable. Plus rien ne peut les arrêter, désormais il faut tirer pour sauver sa vie, seul échappatoire à leur destin funeste, sans vouloir faire mal. Cela arrive, c’est tout.

Comme des danseuses appelées par la musique, ces femmes ne peuvent résister à l’appel du meurtre et de la vengeance. Ces femelles sont des bête sauvages qui ont faim et peut-être que rien ne compte t-il d’avantage que leur faim d’être nourries. Des chats affamés se bousculant les uns les autres pour assouvir leur appétit. Mangeant vite, avec voracité, sans plaisir. Mais mangeant.

Joyce Carol Oates livre ici un récit haletant, elle saisit au vol cette fulgurante folie meurtrière et observe tranquillement le venin agir et le sang se répandre dans un style vif, rapide et haché, parvenant à mêler plusieurs voix dans un chant polyphonique audacieux.

Les Femelles, Joyce Carol Oates, Editions Philippe Rey, réédité chez Points. 7 euros, 330 p.

 

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Alienor de Foucaud

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