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Livres jeunesse : Le code de la route et Le petit cha’PUB’rouge

20 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

Chaque lundi, la littérature jeunesse s’invite sur toutelaculture.com. Aujourd’hui, le Petit Chaperon Rouge à l’honneur… A vélo dans « Le code de la route » de Mario Ramos, débordé par la publicité dans « Le petit Cha’PUB’ron Rouge » d’Alain Serres.

Très « mignon », « Le code de la route » – album muet de Mario Ramos – ne convainc malheureusement pas totalement. Une fillette, tout de rouge vêtue, se rend à vélo chez sa mère-grand. Sur son chemin, ce petit-chaperon-rouge-qui-ne-se-dit-pas croise – annoncés par des panneaux signalétiques – différents personnages bien connus de tous les adeptes de contes pour enfants. Le lecteur peut ainsi observer débouler sur la petite route de forêt, entre autres, un grand méchant loup… en rollers, un chasseur… chassé par un sanglier et trois petits cochons… en skate-boards. Ces différentes apparitions sont autant d’occasions, pour l’adulte et l’enfant, de discuter des contes originels dont sont issues ces figures « traditionnelles ». « Le code de la route » de Mario Ramos peut ainsi être abordé comme une ouverture au dialogue, à l’échange. Manque peut-être un peu de dynamisme, mais surtout, manque la surprise finale qui fait qu’une histoire est totalement réussie. Si le lecteur ne sait pas réellement à quoi s’attendre, la fin lui laisse un sentiment d’inachevé. Impression mitigée donc pour un « Code de la route » qui, bien que très plaisant, ne tient pas toutes ses promesses.

Petit chaperon rouge toujours, mais univers radicalement différent. Avec « Le petit cha’PUB’ron rouge », Alain Serres offre au lecteur le premier album publicitaire. La première page donne le ton : « Pourquoi donc la publicité n’interromprait-elle que les films à la télé ? Pourquoi ne se glisserait-elle qu’entre les dessins animés, les pages des journaux, les émissions de radio, sur internet, sur les tee-shirts, sur les bus, sur les panneaux de toutes les villes et jamais dans les livres ? »
C’est avec beaucoup d’ironie qu’Alain Serres interrompt le conte traditionnel par des réclames plutôt bien trouvées. Le lecteur sourit puis réfléchit – ou les deux à la fois. Car si ces « coupures pub » sont irréelles, elles ne sont cependant – et malheureusement – pas totalement irréalistes. Le lecteur ne peut s’empêcher cette petite pensée : « Et si cela devenait vrai ? »
Alors que le petit chaperon rouge croise le loup, apparait une publicité pour les assurances « Bucheron et cie » avec ce slogan : « Vivre, c’est dangereux ! Les assurances bucheron et cie vivez heureux et sans soucis ! », avec cette précision apportée : « Votre cotisation est intégralement remboursée la deuxième fois que vous vous faites assassiner. » Alors que la fillette croit sa mère-grand enrhumée, du fait de sa grosse voix : « Votre nez dégouline ? Pchitt-pchitt-choum-choum nettoie vos narines ! » avec cette note bien utile en bas de page : « Existe aussi en suppositoire nasal. Réservé aux enfants courageux. Ne pas administrer à votre animal favori sans l’avis du ministre de la santé. » Tout le monde connaît les célèbres mots de la grand-mère du petit chaperon rouge : « Tire la chevillette, et la bobinette cherra. » C’est là encore l’occasion pour une publicité de se manifester : « Avec le yaourt Cherra, tu Cherra vraiment plus fort ! Cherra, le yaourt cher à vos muscles. » Et c’est finalement un petit chaperon rouge qui aurait pu être sauvé par la société de consommation que le lecteur quitte. Avalé par le loup, le constat est sans appel : « Ah ! Si vous aviez eu un Magicphonik dans la poche !!! Seulement 3 euros le premier mois, puis 85 euros à partir du mois suivant. Avant qu’il ne soit trop tard venez découvrir notre gamme de téléphones portables à forfaits qui débloquent sur maxicphonik.com »

Si les images du conte sont l’œuvre de Clotilde Perrin, Alain Serres a eu la bonne idée – pour ce qui est des publicités – de faire appel à différents illustrateurs parmi lesquels : Martin Jarrie, Pef, Clémence Pollet, Zaü… Cette diversité des dessins vient dynamiser un album déjà bien vivant ; chacun des artistes faisant montre d’ingéniosité, d’humour… de talent.

Inventif, original et intelligent, « Le petit cha’PUB’ron rouge » tourne en dérision cette publicité qui envahit toujours plus la société sans pour autant que le message ne soit pesant. Une jolie réussite.

 

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Sonia Dechamps

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