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L’enfant aux yeux d’or: François Alquier

L’enfant aux yeux d’or: François Alquier

19 juin 2011 | PAR Pascal

Paris dixième arrondissement, un matin de juin avant le week-end de la fête des pères. François Alquier, journaliste, grand blogger devant les fans, m’accorde un entretien pour sur son livre « Les chroniques de Mandor » sorti aux éditions Laura Mare. Il interviewe les stars de la culture musicale et littéraire, les chronique, les dissèque, cherche leur faille, la question improbable, l’émotion qui organisera l’intérêt du papier, petit graal du journaliste. Lui, bienveillant, professionnel porte sur moi le sourire affable et inquiet de l’arroseur arrosé. « Je suis curieux de lire votre papier. », entendez, je suis inquiet. Plus difficilement qu’avec les artistes, objets de nos entretiens, le regard de professionnel à professionnel, et surtout s’ils partagent l’amour de l’écriture et de l’humain, est d’une autre dimension, élégante et plus pudique qu’il n’y parait. Respect pour l’enfant aux yeux d’or.

La note de l’éditeur dit ceci : « Depuis le 1er juillet 2006, François Alquier raconte sur son blog, Les chroniques de Mandor, ses rencontres avec les artistes qu’il interviewe. Ils peuvent être fascinants, exaspérants, prétentieux, sympathiques, timides, locaces (ou pas)… mais ils sont toujours « à part ».
L’idée de base était d’expliquer ce qu’on ne voit pas avant, pendant et après l’entretien. François Alquier a donc inventé le personnage de Mandor, qui est un peu lui-même, en plus excessif sur bien des points. Sous sa propre plume, il s’est métamorphosé en un journaliste un peu maladroit, poltron, un peu fan de toutes les personnalités qu’il rencontre, un peu bon vivant, un peu vantard… bref un peu « too much » (ce qu’il n’est évidemment pas dans la vraie vie). S’il se moque de quelqu’un, c’est de lui. Jamais des artistes. En lisant ce livre qui reprend une grande partie de ses chroniques (bienveillantes, mais jamais consensuelles), vous comprendrez pourquoi. Par petites touches bien dosées, il arrive aussi à François Alquier de parler de sa vie personnelle, de son passé (ou la petite histoire rejoint la grande) et de ses blessures pas tout à fait cicatrisées… manière pour lui d’expliquer le pourquoi du comment d’une vie à côtoyer « les gens qui font rêver », une vie à capter la lumière des autres. »

La forme est variée, propre au blog, mais à l’arrivée donne le sentiment d’un recueil différent de la spontanéité du web partagé entre l’instantané du sentiment, l’envie de publier, sans le souci de la rigueur journalistique, sans un point de vue étayé. Le blog est le fait stylistique de la liberté formelle et du quotidien qui ne lui donne que la vertu journalistique du quotidien, souvent trop proche du commentaire sentimental. Chez François Alquier, gourmand et rêveur, la culture de l’entretien qu’il maitrise depuis son passé et sa formation d’animateur et journaliste radio (Radio +, RFO, RTL) l’autorise à « une liberté », ne lésinant jamais sur la qualité stylistique – C’est son professionnalisme – mais l’autorisant à titiller plus cyniquement celle ou celui qui lui fit face. Son succès (mille lecteurs/jour), son regard allumé jadis pas Jean-Jacques Goldman, qui lui donnera son pseudo (man d’or), lui offre l’opportunité de faire éditer ses chroniques, faussement démagogiques, toujours au second degré, se cachant derrière son rêve de liberté, celle du rêve enfantin devant l’idole, et sa méthodologie sans faille, mature. Ici, réside le charme littéraire, estival de ce recueil. De Salvador Adamo, première rencontre de l’enfance en passant par Pascal Obispo au meilleur de son ego insolent et repoussant, la séduction de l’auteure à succès Tatiana de Rosnay qui lui fait l’honneur de son avant-propos à Eric-Emmanuel Schmitt, son ouverture d’esprit aux « classiques » comme aux modernes est entière, avec ce mot toujours majeur dans son esprit comme sur son visage : l’enfant.

L’enfant Mandor et papa Alquier. Le sujet d’une vie de journaliste, d’aventurier qui se cultive en cultivant la relation, la précision de la question, le surgissement impromptu dans une tendresse du regard mais une intransigeance de la pensée. Notre journaliste, bloggeur, blagueur pudique, offre au demeurant une allure Tintin, un regard aventurier pour qui définit son métier comme une aventure, celle de la magie naissante d’une relation. D’ailleurs, les plus grands, Alain Souchon dans son rapport au temps, Jean-Jaques Goldman et son obsession de la simplicité, n’ont pas l’usure de la mégalomanie d’un Obispo, mais l’émerveillement gourmand dans le regard du journaliste, simples. Ce sont ceux qui nous inspirent le plus. Ne devrions-nous pas d’ailleurs inventer pour eux l’aphorisme « saintples ». C’est cela, « le fan est idolâtre », l’artiste reconnu (outre la médiamétrie, quoique…) est voué à une béatification humaine, jamais bête, essentiel pour qui, les racines puisent dans cette face cachée du rapport entre le rêve offert par l’autre qui me fait face et la famille, porteuse d’autres rêves, plus intimes, dans laquelle le réel est un espoir.

Mandor quand il n’est pas Mandor est: Rédacteur en charge des pages » MUSIQUE » de trois magazines : Actu Fnac, Addiction, le mag (journal de Virgin) et Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, Rédacteur en charge des pages « Chanson Française » du site musical : MusiqueMag.com

Quant à François Alquier, quand il sort de son bureau, la tête remplie de culture, il emmène avec lui son regard d’enfant dans sa peau de père. Sépare-t-on vraiment les choses ? Vaste question qui ne devrait pas concerner le journaliste qui ne se concentre que sur le professionnel, et le distance du « people pour le people », informel et surdimensionné. Chronique après chronique, ce fils de médecin militaire, autodidacte par défi sûrement, par émerveillement pour l’animation radiophonique et son rapport au rêve, puis à l’autre devenu son « vis-à-vis » offre sa chronologie dans laquelle il montre une visibilité fragile, jour après jour du beau et difficile chemin de cette volonté qui mène à la paternité.

Derrière le journaliste culturel, le chroniqueur se cache un aventurier allant du pont suspendu entre le  « que sais-je » et le « qui suis-je », un enfant dont le cadre militaire de l’éducation se déforme à coups de rêve, le gardant enfant aux yeux d’or.

Les chroniques de Mandor se lisent, se feuillettent, s’effeuillent, avec ou sans ordre, comme un recueil de poèmes en fauteuil ou sur transat. Le bruit environnant n’y fera rien, vous serez dans cet univers sobre dans le style, surprenant dans la forme (liberté du blog), rigoureux dans l’ordonnance des sujets, menées par un Tintin né en Guyane, bercé de rythmes et d’un appétit culturel pour le livre pour affirmer que le bonheur passe par le dépassement de soi, dans le regard de l’inaccessible étoile, estivale.

Pascal Szulc

Les chroniques de Mandor (François Alquier)

50 stars à la loupe

Laura mare éditions

18 euros

 

 

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5 thoughts on “L’enfant aux yeux d’or: François Alquier”

Commentaire(s)

  • MARY

    1) Alain Souchon. 2) En Guyanne.

    juin 24, 2011 at 23 h 28 min
  • charneau

    1) Alain Souchon. 2) En Guyanne

    juin 26, 2011 at 9 h 15 min
  • nono

    R1 : Alain Souchon
    R2 : En Guyanne

    juin 27, 2011 at 14 h 11 min

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