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Le mécano du vendredi, Alger en 4L

Le mécano du vendredi, Alger en 4L

21 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

Avec « Le mécano du vendredi », Fellag offre au lecteur un récit touchant et drôle, plein de soleil et de bonne humeur.

Dans « Le mécano du vendredi », le lecteur suit les tribulation de Youcef, un Algérois de bientôt 38 ans qui vit chez ses parents et chérit sa Zoubida. Zoubida, c’est le « sobriquet affectueux de [sa] petite Renault » qui de « simple moyen de transport » est devenue sa « raison d’être ».

Décrit par son père comme « un ours mal léché de trente-huit ans qui fume, rote, pète, parle tout seul et fait plus de bruit chaque fois qu’il tourne la page d’un journal qu’un gargotier de la casbah en tirant le rideau de fer de son échoppe, et qui, cerise sur le gâteau, rentre à la maison à des heures impossibles en torturant le mécanisme de la serrure de la porte comme s’il commettait un cambriolage », Youcef profite tranquillement de la vie. Quand il rentre ainsi tard, c’est souvent qu’il a passé la soirée au Kayyham, un bar ou ses amis et lui se réunissent une fois par semaine. Et les retrouvailles, c’est quelque chose ! « S’ensuit l’un des grands sports nationaux : un chassé-croisé d’accolades, de serrages de mains, de bouss bouss (bisous ndlr) frénétiques, quatre à chaque fois, chaque joue en prend pour son grade, parfois on oublie qui on a embrassé alors on recommence, on se tapote dans le dos, on se tire les moustaches, on s’arrache les cheveux, on se secoue virilement les mains tout en mettant à l’épreuve de force les articulations et les muscles du dos, des épaules, des cervicales. On dirait la mise en train collective d’une équipe de lutte libre avant un championnat. »

Le lecteur entendrait presque Youcef parler tant le texte est vivant ; il le suit à la découverte d’Alger et des Algérois, « ces grands enfants généreux et rigolards qui se moquent de tout ce qui bouge ». Et aussi des Algéroises ; le lecteur est là quand, coincé dans les bouchons au volant de sa 4L, Youcef voit apparaître « la créature la plus oh là là dis-donc » qu’il a vu de sa vie. « Elle » qui va dès lors – et presque constamment – occuper ses pensées.

Le quotidien de Youcef est ainsi rythmé par les rencontres, les échanges, les petits plaisirs de la vie, les problèmes techniques de Zoubida, sa fidèle compagne. « Depuis belle lurette, nous avons mis des couvercles sur les marmites bouillonnantes de nos rêves » confie-t-il ; lui qui a fait des études de cinéma à Moscou.

Il y a beaucoup de bonne humeur – et un brin de nostalgie – dans ce livre dont se dégage une « chaleur » certaine. Ces sensations sont à mettre au compte du texte, bien entendu, mais également aux remarquables illustrations de Jacques Ferrandez. Natif d’Alger, ce dernier croque avec une tendresse perceptible la ville et ses habitants, capte le réel et l’humour des situations, rendant ainsi parfaitement compte de la complicité entre Fellag et lui.

Au détour d’une page, Youcef admet : « Je me fais un de ces putains de cinéma dans la tête ! Un vrai bordel ambulant ». Lecteur, on l’aime ce bordel.

 

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Sonia Dechamps

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