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Démissions à la rédaction de Science et Vie : l’occasion de réfléchir au statut des journalistes au sein des médias

Démissions à la rédaction de Science et Vie : l’occasion de réfléchir au statut des journalistes au sein des médias

04 mai 2021 | PAR Rudy Degardin

Le rapport de force entre les journalistes de Science et Vie et Reworld Media, le groupe qui a racheté le magazine, a conduit à la démission d’une grande partie de la rédaction. Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, s’est dès lors mêlée au débat afin que cette situation ne se reproduise pas dans d’autres journaux. 

Sur Heidi.News, la journaliste scientifique Sarah Sermondadaz a remarqué que, le 30 mars 2021, le site web de Science et Vie expliquait comment un « canard sans tête » pouvait continuer à courir. Or, le même jour, neuf journalistes démissionnaient de la rédaction. L’image est parfaitement tragique. Ce « canard », créé en 1913, continue bien de courir en produisant du contenu mais sans sa tête puisqu’aucun journaliste parti n’a pour l’instant été remplacé.

Rappelons que ce mensuel de vulgarisation scientifique, est un des plus lus en France avec, chaque mois, 400 000 abonnés et 4 millions de lecteurs. Pourtant, en interne, il ne reste plus qu’un seul journaliste spécialisé. La Société des journalistes de Science et Vie estime que ce sont les pigistes qui assurent « la quasi-totalité des articles ».  Et aucun d’entre eux n’a été titularisé pour compenser les départs.

Or, sans tête, le canard peut bien courir, difficile de savoir où il va.  Nul doute que les journalistes restants vont essayer de produire des articles de qualité. Cependant, en étant pigistes, ils n’ont aucun pouvoir de décisions. De plus, il n’y a à présent qu’un seul secrétaire de rédaction pour faire le travail de relecture des articles. Cette situation risque donc de nuire à la cohérence éditoriale et de conduire à l’appauvrissement des contenus scientifiques.

Mais comment en est-on arrivé à une telle situation ?

Les journalistes qui ont démissionné soulignent des « désaccords » avec le groupe Reworld Media, propriétaire du magazine. Un des problèmes majeurs est que la rédaction a perdu le contrôle de la production éditoriale du site internet. Le groupe a remplacé les journalistes par des « chargés de contenus » dirigés, non pas un rédacteur en chef, mais par un ingénieur spécialiste en référencement web. Ainsi, sur le site, il n’est plus question d’écrire des articles à haute valeur ajoutée mais plutôt de répondre à une demande afin de pouvoir se positionner dans les tendances de Google Actualités. Ne pas pouvoir être garant de la qualité et de l’indépendance des contenus a été une des raisons de ces départs en cascade.

Et la disparition des journalistes ne semble pas inquiéter le fondateur de Reworld Media, Pascal Chevalier. En février, sur CB News, il déclarait concernant la carte de presse : « C’est fini, tout ça. Il faut vivre avec son temps ! ».

Or, peut-on créer un journal sans journalistes ?

La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a répondu que non. En janvier, devant la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale, elle s’est déclarée « choquée » par la situation de la rédaction de Science et Vie. Elle a donc chargé Laurence Franceschini, conseillère d’Etat, afin de rédiger un rapport, publié ce mardi 20avril, sur les conditions d’accès des aides à la presse. Pour bénéficier de ces aides, il faudra bientôt que les contenus soient fiables et « originaux ». De plus, une attention particulière sera portée sur le nombre de journalistes professionnels au sein d’une rédaction. Ainsi, ce qu’il s’est passé à Science et Vie est peut-être aujourd’hui l’occasion d’interroger le statut des journalistes au sein des médias afin de lutter contre la précarisation toujours croissante de la profession.

Visuel : © Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0)

 

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