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Le juif de service de Maxim Biller : juif-allemand, une condition de malheur

Le juif de service de Maxim Biller : juif-allemand, une condition de malheur

02 septembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Né dans une famille juive à Prague et arrivé en Allemagne de l’Ouest à la fin des années 1960, Maxim Biller revient sur son rôle de « taon dans la nuque » (Franz Rosenzweig) du peuple allemand. Chez Biller le juif imaginaire est du côté des Etats-Unis tandis que le le juif-allemand bien réel est un personnage désolé, enfermé dans un rôle impossible. Un livre féroce et terrible sur la condition de juif-allemnds, où les fulgurances sont parfois noyées par l’amertumes et où les errances littéraires entre Hambourg, Berlin, Munich et Tel-Aviv ne parleront qu’aux lecteurs les plus férus du gotha littéraire germanophone. En librairies depuis le 1er septembre.

Maxim Biller côtoie dès les lycées de filles et fils de qui croient en son talent littéraire sans vraiment l’aider. Son premier roman jamais publié, le jeune homme se lance dans la carrière de journaliste. Et il signe un pacte avec le diable quand il accepte de tenir la chronique « cent lignes de haine » pour un bon salaire. Déjà juif-allemand impossible (aimant trop l’allemand pour quitter une Allemagne qu’il déteste et ayant peur de devenir étranger partout ailleurs), le jeune-homme devient « le juif de service » : là pour déclarer sa haine de l’Allemagne aux Allemands et leur rappeler leurs aspects les plus noirs. Après une analyse brillante de cette double impossibilité, le reste du livre n’est que redoublement de haine (Thomas Mann est un auteur antisémite), questionnements sur l’exil (mais même en Israël, impossible car le père athée s’est converti au sionisme), et interviews d’autres juifs de service ou notables comme le critique Marcel Reich-Ranicki qui plane comme une ombre sur toute le livre et semble-t-il toute l’œuvre de Maxime Biller.

Capable de condenser ce que le poète Heinrich Heine appelait « le malheur d’être juif » en Allemagne en quelques lignes (voir ci-dessous), Maxim Biller offre avec ce livre un témoignage nouveau et important sur cette condition. Mais ‘lamertume des pages, et les personnages qu’il décrit n’ont pas assez de puissance pour tenir le lecteur en apnée dans ce texte. peut-être est-ce par ce que le public français connaît moins bien les milieux littéraires que le lectorat allemand de Biller. peut-être est-ce aussi parce que cette pose fait partie du masque du paria qui se fait parvenu en prenant du service. masque couvrant tout, auxquelles seules échappent quelques brillantes échardes d’authenticité.

Maxim Biller, « Le juif de service », trad. Olivier Mannoni, L’Olivier, 161 p., 19 euros. Sortie le 1ier septembre 2011.

« Je suis juif et rien que juif parce que, comme tous les Juifs, je ne crois qu’en moi-même, et je n’ai pas même un Dieu contre lequel je pourrais me mettre en colère. Je suis juif parce que presque tous les membres de ma famille avant moi étaient des juifs. je suis juif parce que je ne veux pas être russe, tchèque ou allemand. je suis juif parce qu’à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me faisait plus peur que celle d’une guerre et parce que je considère le sexe comme plus important que la littérature. je suis juif parce que j’ai constaté un jour, que plaisir me procurait l’embarras des autres lorsque je leur disais : ‘je suis juif’‘ ». p. 12

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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