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La femme et l’Ours de Philippe Jaenada

La femme et l’Ours de Philippe Jaenada

05 août 2011 | PAR Yaël Hirsch

Depuis « Le Chameau sauvage » (prix de Flore 1997), Philippe Jaenada est le champion français pour dépeindre avec vivacité le quotidien plus que magique d’anti-héros. Celui de son nouveau roman, « La femme et l’ours » (Grasset) est un écrivain vieillissant et quelque peu alcoolique. Vivant et drôle malgré une intrigue qui se perd parfois un peu dans les déambulations nocturnes du personnage principal.

Dépassant doucement la cinquantaine, avec femme (un peu acariâtre mais aimée ) et enfant, Bix Sabaniego s’enfonce doucement dans une routine faite de petits prix littéraires locaux, avec chèques de récompense aux montants assortis, virées au bar PMU du coin et poignées d’amour qui prennent petit à petit de l’ampleur. Si bien qu’au début du roman, il raconte plutôt les histoires des autres : ce copain de beuverie alcoolique en voie de clochardisation que les faveurs d’une nuit d’une jeune et belle nordique finissent de tuer, ou ce jeune prodige champion de rummy et d’échecs mais joueur et qui a également raté sa vie… A l’issue d’une dispute plutôt violente avec bobonne, Bix décide de découcher, et de verre en verre, puis de banc en banc, il obtient (par l’effet de ses romans) un rancard au Lutetia avec une superbe créature aux cheveux mauves… Une chose menant à l’autre et les clés de l’appartement de l’ex-amant de la belle devant être rendues, voici Bix en pélerinage sur les routes de France. Et l’aventure est plutôt cocasse.

Dans un style vivant et débonnaire, Jaenada dépeint sans les prendre trop au sérieux, les (dé)boires d’un homme au milieu du chemin de sa vie, et plus titillé par ses doutes et l’alcool que par le démon de midi. Même si l’intrigue est plutôt mince, l’ironie éternelle de l’auteur fait sourire et l’on garde ce roman sous la main, comme un joyeux compagnon d’infortune.

Philippe Jaenada, « La femme et l’Ours », Grasset, 311 p. Sortie le 18 août 2011.

« Ma position d’agglutiné devenait moins naturelle, mais je ne pouvais pas, quelques secondes après avoir affirmé au vieil homme aux balais que j’étais ravi qu’il joue près de moi, me lever d’un coup et m’installer plus loin. Je suis le type qui ne sait pas ce qu’il veut, mais je préfère que ça ne se voie pas trop. » p. 138

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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