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La faute originelle de Daniel Picouly

La faute originelle de Daniel Picouly

10 août 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« La faute d’orthographe est ma langue maternelle » se présente comme une « pièce en un acte à un personnage l’Auteur ». Daniel Picouly y signe un trop court texte sur un sujet important : comment devient-on écrivain ? Et de répondre en dévoilant des raisons sympathiquement inavouables. On en veut plus !

Au commencement, il y a un grand blessé et une scène mythique. Dans la classe, autant dire le ring, le petit Daniel, 10 ans, se fait humilier par le remplaçant de son adoré instituteur, Monsieur Brûlé. L’enfant a  commis l’irréparable double faute : en avoir commis vingt-six dans la dictée et avoir osé ajouter un H à (h)orthographe ! Ça en est trop ! Quelques années plus tard, l’auteur devenu revient sur ses terres du souvenir pour rencontrer une classe et répondre à toutes leurs questions.

En attendant que les gamins arrivent, Picouly se remémore en donnant une belle définition des souvenirs : « Déjà qu’à force de raconter un souvenir, il devient une histoire . Qu’une histoire se transforme en fable et que la fable finit en conte. Au bout d’un moment on se demande si on ne devrait pas commencer notre biographie par « Il était une fois »

Ce livre apparait au premier abord trés  différent du précédent, La nuit de Lampedusa qui racontait les coulisses de l’histoire napoléonnienne.

Ici, la grande histoire est celle de la vie de Daniel Picouly : « être né en 1948, ne pas être mort, avoir un père chaudronnier, une mère morvandiote, douze soeurs et frères (…) « . On plonge dans la vie du môme de Villemonble, on s’attache aux soeurs à qui justement il raconte des histoires contre un peu de liberté, on découvre les filles, celles qui lisent des livres d’intellos et une prof de musique toute sombre.

Picouly nous apprend comment il est devenu écrivain dans une langue élliptique qui hésite entre la poésie et le théâtre.  Le livre est agréable, se lit vite, trés vite, trop vite. On aurait aimé passer plus de temps avec cette famille si nombreuse et aller fouiller un peu plus entre les lignes de ces romans qui ont fait l’auteur reconnu qu’il est aujourd’hui.

L’histoire est peu banale, elle est hâtive. « La faute d’orthographe est ma langue maternelle » rend hommage à une mère monument qui a élevé treize enfants et au passage, par ses fautes à elle a rendu l’un d’entre eux écrivain reconnaissant.

Extrait- p. 60

J’ai souvent rêvé qu’un écrivain entre dans ma classe, Troyat, Cesbon ou Bazin : c’était le tiercé gagnant de l’époque.

De Bazin, j’avais lu Vipère au poing, parce que le roman était sorti en 1948.

A l’époque j’avais décidé de ne lire que des livres parus l’année de ma naissance.

C’est une de mes cent mauvaises raisons de lire.

J’ai encore la liste.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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