Livres

L’enfant grec, une promenade littéraire au Jardin du Luxembourg

23 octobre 2012 | PAR La Rédaction

Avec l’Enfant grec, roman en lice pour le prix Goncourt, Vassilis Alexakis nous emmène dans une promenade fantasmagorique au cœur du Jardin du Luxembourg, aux confins de l’autobiographie et de la rêverie littéraire.

L’enfant grec pourrait être l’histoire d’une convalescence. L’histoire d’un homme plus tout jeune qui, venant de se faire opérer du genou, ne peut plus se déplacer que très lentement à l’aide de béquilles dans un périmètre restreint au Jardin du Luxembourg. Sauf que cet homme n’est pas n’importe quel homme. C’est un romancier. Et lorsque l’on a vécu toute sa vie entouré de romans et de leurs personnages, nos promenades n’ont plus rien d’ordinaire. Le narrateur l’avouera tardivement : « écrire est une façon de reconnaître qu’on a une double vie ». Au cours de ses excursions au Jardin du Luxembourg, le héros ne rencontrera pas seulement les différentes âmes qui peuplent ce lieu, Marie Paule, la dame pipi, Odile, la propriétaire du théâtre de Guignol, ou encore Ricardo, le SDF au passé obscur ; non, il fera également la connaissance de certains êtres de papier et de grands auteurs. Cosette, Jean Valjean et Victor Hugo dessinent leurs ombres, Tarzan, Robinson Crusoé et Milady aussi.

Au fil des pages, les frontières entre la réalité et l’imaginaire se troublent de plus en plus. Bien vite, il devient impossible des les désintriquer l’un de l’autre. Si les marionnettes illustres prennent vie et qu’une guerre indienne s’invite dans une librairie jouxtant le parc, les habitants du Luxembourg, eux, laissent apparaître leur statut factice. « Je suis moi même un personnage de roman » dira le narrateur aux béquilles. L’auteur, dans la multitude des digressions qu’il offre à son lecteur ne se prive jamais de certaines réflexions métalittéraires sur le roman en cours. Il se justifie ainsi de son emploi de la première personne ou évoque les différents destins qu’il aurait pu offrir à ses personnages. Et pour cause, l’auteur ne s’en cache pas, « Quelle que soit l’histoire que l’on raconte, je ne suis pas convaincu qu’elle présente plus d’intérêt que l’aventure de son élaboration même ».

Les aventures se succèdent comme dans ces rêves qui se moquent bien de l’importance des liens logiques. Si le lecteur se laissera entrainer avec euphorie de  l’univers d’Alice au pays des Merveilles, au Paris souterrain des Misérables, il rechignera davantage devant les évocations de la situation actuelle de la Grèce, mais même au cœur de ses rêveries, le narrateur est rattrapé par l’actualité la plus brûlante. Et si l’ambiance de ce roman est aussi joyeuse que celles de ces interminables jeux d’enfants, la présence de la mort n’est jamais très loin. A peine signifiée dans la présence des béquilles, elle finira par s’incarner en une géante marionnette blanche aux mains de poulet. Peut-être même préside-t-elle à la logique du roman. Car ce Jardin du Luxembourg, nouvelle patrie du narrateur ne sera jamais qu’un succédané de cette patrie originelle, perdue à jamais : le jardin de Callithéa où l’enfant grec passait ses journées à se battre aux côtés des héros des « grands classiques illustrés ». Dialoguer avec ces créatures qui ont bercé son enfance devient alors une façon pour le romancier de rendre vie à ses souvenirs et aux êtres chers qui ont disparu. Seule la littérature a le pouvoir de ressusciter les morts.

L’enfant grec de Vassilis Alexakis, Stock, Aout 2012, 20 euros, 316 pages. Sélectionné au Prix Goncourt.

Aïnhoa Jean-Calmettes

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La Rédaction

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