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Homme de ménage, d’Anton Valens dévoile le 4e âge contemporain à Amsterdam

02 novembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Peintre de formation (Académie Rietveld, Rijksacademie), Anton Valens a travaillé, entre deux expositions, dans le service à domicile. De ces dix années de maniement du balai, de patience et de diplomatie, qui ont aussi été dix ans d’observations de ceux et celles que le gouvernement hollandais encourage à acquérir de l’aide,pour rester chez eux, plutôt que de vivre en milieux hospitaliers, Valens a tiré neuf nouvelles qui forment un roman. Intitulé avec beaucoup d’ironie « Maître en hygiène » (Meester in de hygiëne), celui-ci a connu un succès très mérité en Hollande. A découvrir à partir du 3 novembre chez Actes Sud.

Jeune étudiant en art, Boni est en période de transit : pas très inspiré, il ne se motive pas vraiment pour exposer, et sa vie amoureuse prend un coup dans l’aile quand la jolie aide-soignante avec qui il sort avoir l’avoir trompé et le quitte. Même ses efforts de russe pour communiquer avec une belle kirghize rencontrée lors d’un voyage vers Samarcande ne le distrait pas du vide de sa vie. Pour gagner son pain, il s’engage comme homme de ménage auprès d’une compagnie de service à domicile, et balaie peu à peu des appartements éparpillés dans tout Amsterdam où ses clients sourcilleux et de plus de quatre-vingts ans sont bien présents quand il fait le ménage. Il y a beaucoup de femmes chez les plus de quatre-vingts ans. Certaines ont elles-mêmes fait les ménages pour gagner leur vie (Elisabeth Waghto), d’autres lui demandent de lui lire la Bible (Mme Hoonkop), d’autres, comme Madame Nieuwklap viennent d’Allemagne et partagent avec Boni un catholicisme minoritaire en Hollande. Certaines enfin ont d’autres aides-ménagers et préférent d’ailleurs les femmes, de réputation plus soigneuse, à Boni, jusqu’à ce qu’elles voient quels miracles il accomplit en leur appartement. Du côté des hommes, plus rares et plébiscités par Boni, il y a ceux un peu cradingues (Hoenderdos), les mythomanes sympathiques qui profitent de l’empathie de Boni (Van Wifferen) et même un jeune (62 ans) esthète sous dialyse qui apprend à Boni le Français dans Proust et lui achète une toile (Grijspeerde). Parfois les enfants des clients de Boni voient le jeune-homme d’un bon œil, comme soulagés; parfois, au contraire, ils lui en veulent, de faire si régulièrement ce qu’ils ne font que par à-coups : s’occuper de leurs parents.

Le tout forme une galerie de portraits, très vivants, malgré l’âge qui approche ; mais la tendresse de l’auteur pour ses personnages ne lui fait pas oublier à quel point chaque histoire se termine par un décès ou une chute finale. Le personnage principal nous fait partager sa lutte pour ne pas trop s’attacher à des êtres qui sont souvent déjà en train de quitter la vie active, si ce n’est la vie tout court. Les moments de tendresse autour d’un pain aux raisins ou du savoir immense et inutile de certains des personnages ne laisse jamais oublier, que, du point de vue de leur « homme de ménage », ils restent des corps qui se maîtrisent avec de plus en plus de difficultés et qui cachent ce manque de maîtrise sous certains tocs sympathiques ou non. Dans cette de suite de nouvelles, lucides, parfois comiques mais également très souvent tragiques sur ceux que Brel appelait « les vieux », Valens dresse en peintre et en excellent styliste des portraits. Des peintures de provinciaux, même à Amsterdam, et qui attendent leur heure, certains avec le sourire, d’autres sous antidépresseurs. Tous regorgent de l’expérience d’une vie riche, au bord de  disparaître… Réel, cruel, et néanmoins magistral.

Anton Valens, « Homme de ménage« , trad. Kim Adringa et Annie Kroon, Actes Sud, 400 p., 23 euros, sortie le 3 novembre 2010.
Illustration : Anton Valens, Mevrouw Rijkens, 2008

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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