Livres

Haruki Murakami

29 janvier 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Haruki Murakami Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949, fils d’un enseignant de collège de littérature japonaise, il opte pour les arts théâtraux, étudie la tragédie grecque et souhaite devenir scénariste de cinéma. Après ses études universitaires à l’Université de Waseda, il est pendant huit ans responsable d’un bar de jazz à Tokyo dans le quartier de Kokubunji : LePeter Cat. Haruki reste un passionné des chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire, cette amitié explique la présence invariable de cet animal dans sa littérature.

Cette expérience le nourrit à son insu et lui permet d’écrire son premier roman Écoute le chant du vent, publié au Japon en 1979, pour lequel il reçoit le en prix Gunzo. Ne supportant pas le conformisme de la société japonaise, il s’est exilé en Grèce, en Italie puis aux Etats-Unis où il enseigna à Princeton pendant quatre ans. Il devient le traducteur japonais de Fitzgerald, Raymond Carver et John Irving.

En 1955, suite au tremblement de terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il décide de rentrer au Japon. Ces tragédies inspirent le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre.

Ses écrits (romans ou nouvelles) sont fréquemment fantastiques, ancrés dans une quotidienneté qui, subtilement, sort des rails de la normalité. Ayant vécu dans le sud de l’Europe (Grèce, Italie) puis aux États-Unis, l’influence occidentale est assez perceptible dans ses œuvres. Cela fait de lui un écrivain plus international que d’autres avec des références de la culture populaire mondiale tout en gardant un vécu japonais contemporain à ses personnages.

Les ouvrages de Murakami révèlent une forme de surréalisme très rafraichissante qui, en se fondant sur une mélancolique banalité quotidienne, arrivent à former des récits originaux. Il utilise cette idée du lien qui relie dans la pensée asiatique (bouddhisme, shintoïsme) tous les événements et les êtres. Une action provoque même de façon lointaine et indirecte une réaction dans l’instant, dans la réalité ou ailleurs, dans un autre monde que Murakami sait parfaitement rendre.

Au fil de ses romans, on retrouve des personnages étonnants tels que l’Homme Mouton ou le Colonel Sanders. L’âme humaine y est décortiquée, dans ses recoins parfois les plus intimes, de façon à ce que le lecteur soit emporté pour un voyage en lui-même, mais dans un cadre parfois loufoque.

La mélancolie lancinante de Murakami et ses analyses sociales en demi-teinte rappellent parfois un certain nombre de noms de la littérature nippone, tels que Soseki. On y retrouve de longues pensées d’êtres tiraillés, à la recherche de leur identité et abordant l’existence avec parfois une certaine anxiété.

Bibliographie.

La Course du mouton sauvage, Seuil, 1990

La Fin des temps, Seuil, 1992

La Ballade de l’Impossible, Seuil, 1994

Danse, danse, danse, Seuil, 1995

Chroniques de l’oiseau à ressort, Seuil, 2001

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Belfond 2002

Les Amants du Spoutnik, Belfond 2003

Après le tremblement de terre, 10/18

Kafka sur le rivage, Belfond 2006

Le Passage de la nuit, 10/18

L’éléphant s’évapore, 10/18

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Belfond 2009

Plusieurs fois favori pour le prix Nobel de littérature, Haruki Murakami est aujourd’hui un auteur culte au Japon et son œuvre est traduite dans plus de trente pays. Il a reçu le titre de docteur honoris causa de l’université de Liège en 2007. Le 15 février 2009, il a également reçu le Prix Jérusalem pour la liberté de l’individu dans la société.

Kafka sur le rivage.

kafka sur le rivage Kafka Tamura, 15 ans, s’enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcé contre lui. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre tandis que, sur le chemin, la réalité bruisse d’un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel.

Conte initiatique du XXIème siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au cœur du Japon contemporain. A la manière d’Emile Sinclair dans Demian ou de Holden Caulfield dans l’Attrape Coeur, Kafka Tamura part à la découverte de lui-même, dans une course effrénée : c’est en cherchant ailleurs que l’on apprend à se connaître.

Dans un style fluide, l’auteur japonais étudie les tourments de l’âme humaine et s’immisce dans nos propres turpitudes. Il se fait habile alchimiste tentant, à travers les mots, de trouver la porte d’entrée – « la pierre de l’entrée » – entre le monde matériel et le monde spirituel
On ressent une grande solitude dans les personnages de Kafka sur le rivage, malgré les liens qui se tissent entre eux. Chacun de nous, personnage ou lecteur, sommes condamnés à chercher seul une vérité qui nous est propre. Ce roman, d’un genre particulier, laisse une impression ambivalente : un inconfortable sentiment d’incompréhension, de désarroi, mais une irrésistible envie de faire confiance aux rencontres du hasard.

Danse, danse, danse.

Persuadé qu’une ancienne rencontre l’y appelle en rêve, le narrateur, un publicitaire branché filles, bouffe et scotch, Danse, danse, danseretourne séjourner dans un hôtel. Sur place, il constate que le modeste établissement s’est transformé en un palace d’une vingtaine d’étages. Ce qu’il va découvrir défie les règles de l’imagination. Une chose est sûre, sa vie a changé est c’est le plus important. Le héros, le même que celui de La course au mouton sauvage, poursuit sa quête fantastico-mystique, hallucinatoire et insomniaque. Il ne cesse de s’interroger sur le sens de la vie, les femmes qui le quittent et les gens qui traversent son existence, puis «repartent, encore plus usés de l’intérieur». Avec une forte dose d’autodérision, dans une langue enjouée et nerveuse, il raconte l’aigre-douceur de la solitude, la poignante amertume des jours qui se suivent et se ressemblent et l’absurdité du quotidien à laquelle on s’habitue mais qui, parfois, déclenche des fous rires. «Je me maintenais en vie tant bien que mal, mais je ne pouvais plus aller nulle part, raconte-t-il. J’avais perdu ce tremblement du cœur qui caractérise l’amour. Je ne savais plus ce que je cherchais.»

Mais au moment où tout semble désespéré, le fantastique fait irruption. Il retrouve l’ «homme-mouton», son initiateur vêtu d’une peau de mouton usée, dont le rôle est «de relier les choses pour qu’elles ne se dispersent pas». Sur ses conseils, il continue à avancer coûte que coûte. Sa vie s’accélère, les liens se tissent entre les événements, les rencontres et les morts mystérieuses, les imbroglios et les soubresauts du destin. Ayant épuisé le rêve, c’est la réalité qui l’attend au bout du chemin. Un roman qui nous emmène danser sur le fil toujours tenu de la réalité. Parce qu’il ne faut jamais s’arrêter de danser, toujours et encore, pour continuer à vivre. A l’image de ses titres, Murakami laisse à nouveau sa plume danser au gré des ses idées et nous transporte encore une fois dans des contrées sauvages jamais fouillées par âme humaine, faisant appel à notre souplesse et à notre ouverture.

La Ballade de l’impossible.

La ballade de l'impossible Au cours d’un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles : Norwegian Wood. Instantanément, il replonge dans le souvenir d’un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami Kizuki s’est suicidé. Il avait une amie, Naoko. Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l’aime ainsi. Une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît.

Avec ce livre, c’est un aller simple pour le Japon que l’auteur nous propose. Mais un Japon poétique, lyrique, champêtre, hors du temps. Des instants d’innocence pure, de naïveté, telles des bulles d’oxygène, succèdent à d’autres, plus terre-à-terre, dures ou encore sexuels, lascifs, érotiques, mais jamais pornographiques. C’est tout l’art d’Haruki Murakami : sa description de certaines scènes très intimes ne suscitent qu’admiration et beauté tant la sincérité qui en découle écrase toute perversité. Tel un guide, le héros – seul et décalé dans un Tokyo grouillant – entraîne le lecteur dans ses différents amours. La fragilité des personnages est frappante et comme lui, le lecteur les apprécie, veut les aider, les connaître, leur colorer la vie.  Sous forme de spleen, la toile de fond de ce roman : la mort, la dépression, le suicide chez les jeunes, laissent un goût amer. La jeunesse japonaise grandit avec difficulté ; et l’amour, la complicité, l’amitié profonde y semblent des bouées de sauvetage bien minces.
Le livre refermé, une tristesse latente nous envahit ; nous sommes seuls, entourés de visages imaginés, éphémères et éthérés, tels des fantômes nostalgiques.

Un magnifique roman aux attraits autobiographiques, d’une tendresse et d’une intensité érotique saisissantes.

Rétropective Raoul Peck dans le cadre du festival « un état du monde..et du cinéma » au Forum des Images
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Alienor de Foucaud

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