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« Fugitive parce que reine », de Violaine Huisman, un premier roman fulgurant

« Fugitive parce que reine », de Violaine Huisman, un premier roman fulgurant

09 février 2018 | PAR Jérôme Avenas

Les Éditions Gallimard publient le portrait par sa fille d’une mère tour à tour « survoltée » et « terrassée ». Écrit avec grâce et sincérité, c’est le premier coup de cœur de 2018.  

[rating=5]

« Je suis un être humain et je fais ce que je peux, je fais comme je peux », s’écrie la mère de la narratrice de Fugitive parce que reine dans un accès de colère que l’écrivaine, virtuose, raconte avec une sincérité farouche. Violaine Huisman, dans ce premier roman brillant, regarde l’amour en face, dans tout ce qu’il a de contradictoire, d’aveuglant et de dévorant. Cet amour, c’est celui qu’une mère, maniaco-dépressive, porte à ses deux filles, et le roman, dix ans après la disparition de « la fugitive » est un monument à la mémoire d’une femme subissant la violence d’une « carence affective (…) qui avait tracé une rainure écarlate, échancrée jusqu’à l’âme ». Pour cela, il faut garder les yeux ouverts et voir « maman » dans toute la vérité de son mal-être, ne pas masquer les ecchymoses, ne pas dissimuler les traumas, ne pas même éviter le tragi-comique involontaire d’une femme « excessive en tout ».

La première partie du livre donne à entendre la voix de « maman » à travers celle de sa fille. La narratrice relate des faits, répète des bribes de phrases, des expressions fétiches, des répliques comme le ferait une imitatrice de génie. La mère se dessine devant nous, croquée avec verve par sa propre fille dévorée d’amour.

Au terme de cet exercice de remémoration, une autre modalité narrative s’est mise en place. L’écrivaine nous parle de Catherine :  « La femme qui avait existé avant de m’enfanter, je n’y avais pas accès. À mes yeux, Catherine ne serait jamais qu’un personnage (…) Il fallait que j’en devienne la narratrice à mon tour pour lui rendre son humanité. » L’écrivaine prend la suite de sa mère qui s’était racontée dans un texte paru aux Éditions Séguier. Peu à peu, le portrait de Catherine se précise. Par l’écriture, l’écrivaine dépasse celui, « trop lisse, trop littéral », qu’un ami de la famille avait peint, et qu’on a exposé à l’occasion de ses obsèques.  Violaine Huisman répare et sauve.

Le lecteur entre alors dans une troisième partie consacrée au récit de la disparition de Catherine. L’écrivaine réussit le tour de force de nous faire pleurer sans jamais, absolument jamais le désirer, à nous faire rire même, à travers les larmes. Car l’humour, finalement, est la colonne vertébrale du livre, marque indubitable de notre humanité, force qui nous tient debout quand tout s’écroule, sourire jamais narquois mais plein de tendresse. C’est là tout le talent d’une écriture maîtrisée, sincère, et d’une grande subtilité. Fugitive parce que reine est un grand livre.

Violaine Huisman, Fugitive parce que reine, Éditions Gallimard, janvier 2018, 256 pages, 19 €.

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Jérôme Avenas

Une réflexion sur « « Fugitive parce que reine », de Violaine Huisman, un premier roman fulgurant »

Commentaire(s)

  • Il me semble faire l’unanimité sur la blogo

    février 16, 2018 at 21 h 00 min

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