Fictions
« Vigilance » de Robert Jackson Bennett : American Nightmare

« Vigilance » de Robert Jackson Bennett : American Nightmare

01 octobre 2020 | PAR Julien Coquet

Dans une Amérique toujours plus obsédée par les armes à feux, des millions de spectateurs attendent avec impatience chaque nouvelle Vigilance, une émission où les fusillades de masse sont scénarisées mais bien réelles.

Dans un futur proche, la peur gouverne les Etats-Unis. Si dans la série de films American Nightmare cette peur se concrétise lors d’une nuit cathartique lors de laquelle toutes les violences sont permises, Vigilance propose une émission de télévision comme palliatif. « Et là où il y avait peur, il y avait des armes à feu. » Mathématiquement, une augmentation des armes à feu conduit à une hausse des fusillades de masse. Par un mécanisme intelligent que nous vous laisserons découvrir, les fusillades de masse vues comme des spectacles sont alors monétisées et deviennent des spectacles à part entière sur le petit écran. John McDean, responsable du programme Vigilance, s’arrache les cheveux à quelques heures du lancement : il doit calibrer les publicités de ses annonceurs pour qu’elles correspondent le plus à sa Personne Idéale, tout en retenant un lieu de fusillade captivant envahi par une foule de victimes potentielles et de trois tueurs sur le ban de la société.

Vigilance se présente alors comme un excellent roman de science-fiction dystopique. Deux histoires se croisent, celle de John McDean, et celle de Delyna, serveuse dans un bar bondé alors que les clients espèrent qu’une Vigilance aura bien lieu ce soir. Si Vigilance se révèle si convaincant, c’est par son analyse des leviers de communication et du marketing, enfants d’un capitalisme libéral poussé à bout, qui cherchent à maintenir à tout prix les spectateurs scotchés à leur écran. Publicités ciblées, recours à l’Intelligence artificielle, violence hypnotique, tout est fait pour que la fameuse Personne Idéale ne zappe pas, engrangeant des revenus pour les annonceurs. En 165 pages, Andrew Jackson Bennett arrive à faire ressentir cette attraction malsaine qui anime férocement les téléspectateurs. Une Vigilance va avoir lieu : mais on ne sait pas quand, et on ne sait pas où. La menace pèse, chaque Américain se baladant avec une arme, juste « au cas où ». A la fois western et novella de science-fiction, jeu vidéo et film de guerre, Vigilance se présente comme un fort moment de lecture.

« Bien sûr, la putain de question était : pourquoi des civils étaient-ils d’accord avec ça ? Pourquoi accepter la possibilité d’être abattu pour une simple émission de divertissement ?
La première réponse était facile : l’Amérique se mourait. Au sens propre. Le pays ayant vu les jeunes générations et les immigrants le quitter en masse tout au long des années 2020, il s’était retrouvé avec une génération plus âgée sur les bras, une génération incapable de travailler, mais bénéficiant d’une technologie médicale toujours plus avancée grâce à laquelle elle vivait bien plus longtemps qu’aucun économiste ne l’avait jamais prédit. Les seniors engloutissaient ce qu’il subsistait des budgets nationaux tels des criquets dévorant les champs de maïs, au point qu’il ne restait rien pour les routes, les ponts, les écoles, et encore moins pour s’occuper des inondations, incendies et sécheresses qui se succédaient. L’Amérique avait pratiquement cessé de faire quoi que ce soit. »

Vigilance, Robert Jackson Bennett, Le Bélial’, 176 pages, 10,90 €

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Julien Coquet

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