Fictions

« Rétine » de Théo Casciani : Ne croire que ce que l’on voit

« Rétine » de Théo Casciani : Ne croire que ce que l’on voit

22 août 2019 | PAR Julien Coquet

Premier roman d’un jeune auteur de 24 ans, Rétine se présente comme un manifeste sur la fascination des images et le pouvoir du regard.

Tout le champ lexical de la vision est balayé au cours de Rétine : on voit, on regarde, on fixe des images et des œuvres d’art, images condamnées à s’inscrire dans la rétine. A partir d’une réflexion sur la fascination des images, Théo Casciani interroge l’acte de voir : le narrateur est porté par sa « navigation visuelle », de la France au Japon en passant par l’Allemagne.

Au final, le lecteur saura très peu de choses sur le narrateur, le conduisant même à se demander s’il est un homme ou une femme. Les adjectifs s’accordent certes au masculin, mais on s’adresse au narrateur comme à une femme (« pour me dire qu’il me trouvait mignonne ») et l’attrait pour les hommes comme pour les femmes ne renseigne pas beaucoup. Théo Casciani décrit en fait un œil : tout passe par ce regard qui nous est livré, même les ruptures amoureuses. Aucun dialogue, seul un échange de regard suffit. Mais ce flot d’images perd aussi le narrateur, embauché par Dominique Gonzalez-Foerster (DGF) pour l’aider à monter une exposition à Kyoto. Sa mission : collecter un maximum de photos et vidéos projetées sur de nombreux écrans dans une salle de l’exposition. « Incapable de résister à l’appel des images », le narrateur assiste impuissant à la marée humaine qui déferle sur Berlin à l’occasion des trente ans de la chute du Mur, revenu dans la capitale allemande quitter sa copine japonaise car attiré par un homme qu’il avait rencontré au Japon.

On l’aura compris, l’intrigue importe peu, même si le roman présente des passages intéressants car cataclysmiques (la préparation de l’exposition de DGF est un véritable échec). Un avion se reflète sur les vitres d’un immeuble, un camion renversé laisse échapper un nuage de safran, une scène des Ailes du désir de Wim Wenders revient comme un air lancinant et inquiétant. Roman à thèse, Rétine démontre que « décrire peut revenir à inventer, que le regard est un muscle, un geste, une action » et « que si nous critiquions le pouvoir des images, nos yeux étaient également dotés d’une puissance sans pareille ».

« C’est un tableau liquide qui surgit alors sous mes yeux, une scène merveilleuse qui se reproduisait chaque fois qu’une vague venait claquer dans la nuit. Je restais immobile face au spectacle de cette prouesse qui, se répétant, éveillait tous mes sens et suspendait mes réflexions. La réussite de l’éruption des flots suscitait des réactions variées, certains préférant contempler silencieusement la berge tandis que d’autres ne cachaient pas leur joie face à l’accomplissement de ce que je croyais être la dernière étape du montage. »

Rétine, Théo Casciani, P.O.L, 288 pages, 19,90 euros

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