Fictions
Résistances : « La femme qui dit non » de Gilles Martin-Chauffier

Résistances : « La femme qui dit non » de Gilles Martin-Chauffier

08 septembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Sur la short-list du prix Goncourt, Gilles Martin-Chauffier, l’auteur des Corrompus (Prix interallié 1998) et Paris en temps de paix nous emmène dans une île du Morbihan et dans la vie d’une femme qui a toujours refusé de se ranger. La femme qui dit non est un roman qui prend aux tripes en mettant en scène la grand-mère que chaque Français a toujours rêvé d’avoir. 

[rating=4]

la femme qui dit non gille martin chauffierMarge revient sur ses souvenirs de femme. Elle voudrait ne pas trop s’appesantir sur la Guerre mais est bien obligée d’y passer quelques dizaines de pages! Anglaisée débarquée à l’île-aux-Moines en 1938, elle y a passé sa vie et vécu en bretonne. Mariée au ténébreux Blaise, elle fait partie des premiers à entendre l’appel du général de Gaulle. Quand Blaise part rejoindre les Forces françaises libres à Londres, elle reste sur leur île et vit une histoire de passion avec le meilleur ami de son mari, Mathias. C’est lui le père de l’enfant qui sera présente comme celui de Blaise. La guerre avance lentement et presque joyeusement malgré les dangers d’un engagement résistant, c’est la libération qui apporte son lot de traumatismes avec le retour d’un Blaise transformé des camps allemands. petit à petit, Marge redonne le goût de la vie à un mari qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Tandis que Blaise grimpe doucement les hiérarchie dans le sillage du général de Gaulle Mathias quant à lui, a du mal a quitter la vie militaire et passe de l’Indochine à l’Algérie, pas seulement par nécessité mais également par volonté de s’engager… Ce n’est que quand le fils de marge est en âge de se marier que « le femme qui dit non » va devoir révéler les secret de sa jeunesse et de sa grossesse…

Dans un langage à la fois oral et poétique, Gilles Martin-Chauffier dresse à la première personne le portrait d’une femme forte et complexe. Sure de ses convictions aussi bien que de ses sentiments, elle s’engage toujours entièrement et ne s’embarrasse ni de peur, ni de morale bourgeoise. Bref, une super mamie, dans le genre vraiment libre, et chez laquelle l’option fine cuisinière n’est qu’une note de bas de page auprès d’un héroïsme populaire et massif doté d’une volonté puissante. La femme qui dit non est aussi une femme en granit qui s’étonne ds rares moments où elle craque, déprime ou montre son émotion, tellement elle est bien armée pour la vie, même en temps de guerre. Une leçon de force intérieure sans détours intellectuels, qui donne de l’énergie à la rentrée littéraire.

Gilles Martin-Chauffier, La femme qui dit non, Grasset, 352 p., 19 euros.

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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