Fictions

« L’oiseau Parker dans la nuit et autres nouvelles », un recueil coup de coeur de Yanick Lahens

« L’oiseau Parker dans la nuit et autres nouvelles », un recueil coup de coeur de Yanick Lahens

31 août 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Yanick Lahens nous offre dans ce livre, qui rassemble 21 nouvelles, de très beaux textes de littérature francophone et nous apporte un témoignage émouvant sur son pays, Haïti.

Yanick Lahens est une écrivaine Haïtienne. Ce recueil de nouvelles écrites en français a été publié en mars 2019 alors que Yanick Lahens vient de soutenir sa leçon inaugurale au Collège de France ; elle y détient maintenant la chaire « Monde Francophone ». Ce livre rassemble en fait trois recueils de nouvelles publiées à Haïti entre 1994 et 2006. Certaines sont connues comme « L’oiseau Parker dans la nuit » qui a été lu en public au Festival d’Avignon en 2015. C’est une nouvelle somptueuse, racontant une rencontre amoureuse avec un envoûtant saxophoniste. La brève nouvelle « Bain de lune » sera à l’origine du roman du même nom pour lequel l’auteur recevra en 2014 le Prix Fémina. Mais la plupart des nouvelles sont inédites en France. Dans « La mort en Juillet » un amour impossible se termine dans le drame sur fond de vengeance et de sorcellerie. Dans « les Survivants » la vie et les rêves d’étudiants sont brisés par la dictature Duvalienne. Tante Résia est un très beau portrait de femme incarnant « la sagesse tranquille et la force éprouvée ». Dans la nouvelle « La Ville » c’est Port au Prince, qui est dévoilé dans une nudité rongée par le chaos urbain et la pauvreté. La cruauté « des hommes en noir », les Tontons Macoutes est égale à celle des « vaincus » déclenchant émeutes et lynchages de policiers. L’auteure décrit aussi avec poésie, la déception amoureuse et avec drôlerie la vie et la mort d’une vieille Peugeot dans un quartier haut en couleurs.

Yanick Lahens écrit dans une langue magnifique, très littéraire, à la fois ciselée et poétique. Le lecteur est imprégné par les sensations de l’île d’Haïti, la terre, le soleil brûlant, les fleurs, les odeurs. La mer est là, synonyme d’isolement et promesse d’un avenir meilleur avec la tentation de l’exil. L’auteure raconte un monde violent hanté par la faim, condamné à la lutte quotidienne pour la survie où la mort rode en permanence. La pauvreté devient dégradante comme dans la description de Port au Prince. Haïti a été la première république noire indépendante de l’histoire. Cette histoire héroïque mais violente, chaotique et douloureuse est évoquée dans ces nouvelles. Les années de dictature expliquent aussi la diffusion de la violence d’état dans toute la société, qui souffre d’une angoissante insécurité.
Au-delà de leur grande valeur littéraire il existe une dureté, une âpreté dans ces nouvelles. Yanick Lahens parle à plusieurs reprises de « désastre» à propos de son pays .Grâce à ce regard aiguisé, sans complaisance mais aussi attendri, ce livre est un témoignage précieux et poignant sur Haïti.

Yanick Lahens, L’oiseau Parker dans la nuit et autres nouvelles, Sabine Wespieser éditeur, 306 pages, 22 euros, sortie en Mars 2019.
visuel : couverture du livre

Le London Symphonic Orchestra et Seong-Jin Cho triomphent dans un programme Russe au Festival de Riga Jurmala
La voix enchanteresse de Yin Fang, le LSO et Bruch par Vadim Repin au Festival de Riga Jurmala
Jean-Marie Chamouard

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