Classique

La voix enchanteresse de Yin Fang, le LSO et Bruch par Vadim Repin au Festival de Riga Jurmala

La voix enchanteresse de Yin Fang, le LSO et Bruch par Vadim Repin au Festival de Riga Jurmala

01 septembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Journée ensoleillé et sublime que ce samedi 31 août, pour découvrir Jurmala, ses maisons de bois, sa longue plage et sa rue Jonas où de vieilles voitures faisaient une parade élégante. Avec deux concerts à l’affiche : un récital de Yin Fang et une nouvelle soirée avec le LSO et ce soir le violoniste Vadim Repin. 

C’est en intérieur dans la petite salle années 1930 toute boisée du Dzintari Concert Hall que nous avons pu assister au récital de la soprano montante du Metropolitan Opéra, Yin Fang, accompagné du pianiste Ken Noda avec qui elle avait fait ses débuts au Carnegie Hall. Le programme généreux était un beau florilège qui nous a tout simplement délectés : Haendel, Mozart, Schubert, Bizet et Rachmaninov.

Commençant avec concentration et légèreté par Haendel en anglais, Yin Fang nous a livré l’aria « Endless pleasure, Endless love de Semele et l’air de Theodora « Angels bright and fair » avec une technique et une puissance remarquable. Les variations sur « take me to your care » nous ont fait trembler. Le pianiste a été très attentif à garder la même respiration détachée pour les deux airs de Mozart que pour Haendel. Toute en maîtrise et d’une technicité incroyable, la chanteuse s’est mise à véritablement jouer les Noces de Figaro avec «Un molto di Gioa » et « Deh vien non tardar ». Redevenue plus calme mais tout aussi expressive de visage et d’intensité, elle nous a bouleversés dans Schubert: dans le long et lancinant Lied « Viola », elle a varié les tons, les intensités pour nous mener à travers l’histoire avec une force unique. De son côté Ken Noda, a su faire durer la tension et le suspense.

Dans la deuxième partie du concert, la soprano a poursuivi dans la veine des Lieder de Schubert avec deux pièce plus courtes : « Night and dreams » qui commence dans la joie et « Ganymède » où elle nous a fait vivre la possession du désir. Passage au français ensuite avec deux chants de Bizet, interprétés avec pétulance et brio : une lyrique « chanson d’avril » où le printemps bouillonne et une faussement naïve « Coccinelle », où elle nous a fait sourire et enchanté avec même un petit moment très parisien de bouche en cul de poule. Le final était russe en son pays (40 % des lettons sont russes) et ardu avec un cycle de six chants opus 38 de Rachmaninov. Lyrique, d’une diction qui semble hors de ce monde, Yin Fang varie les tons de bucolique à colérique avec grâce et c’est probablement dans ce cycle que les explosions les plus fortes et endurantes de sa voix se sont faites entendre. La perfection s’est encore étirée avec deux bis merveilleux : un air chinois contemporain sur un pont entre deux rives et « Somewhere over the rainbow » qui a fini de faire trembler le public.

Après la standing ovation, nous avons eu le bonheur de passer en coulisses et de rencontrer Yin Fang, accessible, sublime, vibrante, pour qu’elle nous parle de son parcours, du Met où elle joue cette année La Flûte et Werther et de son travail de chanteuse. Interview à venir, ici.

Le programme du soir nous a fait passer en première partie d’un extrême à l’autre avec d’abord des extraits de Peter Grimes de Benjamin Britten, dirigés toujours avec autant d’élégance par Noseda avant de nous enchanter de cordes plus classiques : Vadim Repin est entré en scène pour le mythique Concerto n°1 de Bruch (1864-66).

Le premier Allegro Moderato a bien offert au publique tout le crin et l’intensité attendue avec un orchestre à l’unisson du soliste que nous avons la chance d’entendre pour la deuxième fois cet été, puisque fidèle de Engströem il s’est produit en juillet à Verbier. Et le maître mot de cette interprétation d’un monument a été : l’élégance.  Aérien dans les envolées lyriques de l’Adagio, l’orchestre répondait au soliste dans un festin de délicatesse. Même l’escalade « presto » du final a exhalé plus de langueur que de force, sans jamais perdre en maestria. Du côté de Repin, une agilité époustouflante a entraîné tous les corps avec lui. Et du côté de l’orchestre, pas de pas cadencé mais plutôt un son vivant et clair pour l’orchestre. En bis, Repin a donné une autre pièce virtuose tout à fait mittleeuropeenne en complicité avec le premier violoncelle de l’orchestre.

Après un long entracte pendant lequel l’on devinait que du côté de la plage, le soleil était entrain de se coucher, le LSO a donné la 5e symphonie de Tchaïkovski (1888). Œuvre inspirée qui évoque la houle de la providence et de la soumission, la 5e symphonie commence par un Andante auquel le LSO donne à la fois gravité et fatalité. Les bois semblent nous transmettre un message de paix, tandis que les cordes dirigent le souffle épique qui emporte la salle. Sur un rythme plus lent mais tout aussi grave et majestueux l’adagio du 2e mouvement nous fait tanguer dans la mélancolique. Au troisième mouvement, c’est la valse qui est au menu et, sans jamais renoncer à sa finesse, cette fois-ci le LSO s’en donne à cœur joie.

Allégresse, pizzicati et puissance sont au rendez vous d’une danse qui culmine et mène vers l’allégresse du final où l’on voit le chef vraiment danser, les percussions tonner l’équipée sans retenue. C’est irrésistible, c’est remarquablement mené et le public applaudit debout et quémande presque son bis. Et nous sommes repartis dans quelques mesures de Tchaïkovski battues en rythme par la salle! Les remerciements sont joyeux et durent si longtemps que le chef dit devoir manger et dormir avant d’emmener le LSO au festival Enescu de Bucarest, le lendemain …

Alors qu’il y a encore deux concerts assez « cocorico » à Riga demain : le pianiste Lucas Debargue et le violoncelliste Edgar Moreau, c’est ce samedi soir qu’a eu lieu la soirée de clôture du Festival Riga Jurmala. Grands feux , DJ et buffet des mille et une nuit (le meilleur saumon de notre vie sur des rösti avec de la crème fraîche) au « Lighthouse », au bord de la mer. Avec une excellente nouvelle : La deuxième édition du Festival Riga Jurmala aura bien lieu l’an prochain. Et beaucoup d’émotion quand toute l’équipe et les artistes présents sont montés sur scène. C’est le cœur un peu serré que nous regagnons Paris : nous nous étions volontiers glissés dans la douceur de la fin d’été baltique, surtout avec cette qualité incroyable de musique.

Visuels : YH 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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