Fictions
« Le russe aime les bouleaux » : Olga Grjasnowa égérie du multiculturalisme à l’allemande

« Le russe aime les bouleaux » : Olga Grjasnowa égérie du multiculturalisme à l’allemande

22 décembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Premier roman d’une jeune auteure d’à peine 30 ans, née à Bakou et immigrée dans les années 1996, Le russe aime les bouleaux (Hanser Verlag, 2012) s’est retrouvé immédiatement sur la liste des plus grands prix littéraires outre-rhin. Chronique d’une jeune-femme perdue dans les langues et les repères identitaires, ce roman prenant parle d’un multiculturalisme à l’allemande, aussi postmoderne que celui perçu par le DJ et écrivain Wladimir Kaminer (Russendisko était la révélation de l’année 2000, le charme féminin en plus… Publication en français aux éditions Les Escales le 9 janvier 2014. 

[rating=4]

olga grjasnowa- le russe aime les bouleauxNée a Bakou et arrivée en Allemagne enfant après avoir été témoins de grande violences, Mascha est également d’origine juive et étudie à Francfort pour devenir interprète. Son meilleur ami est turc, son ancien amant libanais chrétien et son copain actuel pratage Elias un peu son histoire sans qu’ils aient jamais osé en parler… Mascha parle allemand, arabe, russe, italien, français et anglais, mais c’est en Israël qu’elle décide de s’installer après le décès subit d’Elias.

Résolument postmoderne et fonctionnant en flash-backs non annoncés, le roman Le russe aime les bouleaux livre le portrait d’une jeunesse allemande venue des quatre coins du monde, et qui aux antipodes des natonalités mêlées de l’Empire AustrèHongrois il y a un siècle, ne sait plsu quoi faire de toutes ces traditions et croyances mêlées. Le porno est-il synonyme de liberté pour un jeune turc fraîchement débarqué en Allemagne? Et faut-il qu’ un vieux turc athée qui assiste à une réunion du parti démocrate chrétien pour apprendre qu’il est musulman? Etre Allemand et de gauche, aujourd’hui est-ce prendre parti pour les juifs mais contre Israël eu égard à la question palestinienne? Autant de questions complexes que le roman présente sans les résoudre, montrant seulement dans quel désarroi existentiel elles plongent les protagonistes du roman, un désarroi qui peut-être fatal, s’ils ne gagnent pas vite fait les rives des Etats-Unis et d’un nouveau monde ou un certain manichéisme donne encore quelques repères… Abordant un sujet crucial sous couvert de narrer la vie d’une jolie jeune femme, Le russe aime les bouleaux est un livre sur lequel il faut absolument jeter un œil, quitte à être un peu déçu par le style aussi brouillon (en traduction, mais a priori rien à voir avec le traducteur) que les idées de la narratrice.

Olga Grjasnowa, Le russe aime les bouleaux, trad. Pierre Dehusses, Les escales, 320 p., 20.90 euros.

« D’un autre côté quand je parlais au téléphone, avec ma mère, je ressentais le désir d’avoir un chez-moi, sans pouvoir dire où. Ce que je désirais surtout, c’était un lieu familier. En fait, je ne faisais pas grand cas des lieux familiers – la notion de pays, de patrie, impliquait toujours pour moi celle de pogrom. Ce que je désirais, c’était être entoure de gens en qui avoir confiance, sauf que l’un d’entre-eux était mort et que je ne supportais pas les autres. Parce qu’ils étaient vivants. » p. 224.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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