Fictions

« La petite communiste qui ne souriait jamais » : Lola Lafon enquête sur la gymnaste Nadia Comaneci

« La petite communiste qui ne souriait jamais » : Lola Lafon enquête sur la gymnaste Nadia Comaneci

05 janvier 2014 | PAR Yaël Hirsch

Élevée en partie en Roumanie, l’auteure et chanteuse Lola Lafon revient près de 40 ans après le choc mondial des JO de 1976 sur la trajectoire de la gymnaste qui a hypnotisé la planète entière : Nadia Comaneci. Un roman original et poignant, qui évite tous les clichés et donne même une parole (fictive) à l’icône. Un des grands coups de cœur de cette rentrée de janvier 2014.

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la petite communiste qui ne souriait jamaisTout commence avec la note parfaite : le fameux 10.0, inédit lorsqu’à 14 ans, elle réalise aux barres asymétriques une figure qui voit s’inscrire donc le 10.0 aux JO de Montreal de 1976 où les machines ne sont pas préparées à la perfection. La jeune-fille reproduit sept fois cet exploit. Après un flash-back sur une enfance communiste dont il y a peu à dire, une introdution sur ses rapports avec son entraîneur Bela, Lola Lafon se concentre sur la discipline de fer suivie par « la petite communiste qui ne souriait jamais ». Et Nadia C ne parle pas non plus, sauf pour lire les textes officiels qu’elle doit dire après une victoire. Lola Lafon suit l’icône et sa chute et analyse deux aspects principaux : le produit communiste d’abord, qui se périme définitivement quand elle quitte le pays 2 semaines avant la chute de Ceaucescu. Mais sur cet aspect, l’auteure donne malignement la parole à son sujet pour lui faire dire l’évidence : les sportifs sont toujours des courroies de propagande pour un pays, communiste ou pas. le deuxième aspect clé d’un roman qui parvient à préserver le mystère de son héroïne, c’est la lutte contre le « devenir femme ». Pour Lola Lafon, le mythe Comaneci repose sur l’enfance éternelle. A un moment où, qui plus est, les deux autres grandes icônes populaires et un peu perverses à l’Ouest sont les très jeunes Jodie Foster et Brooke Shields. Dès lors, la transformation du corps de la gymnaste : les seins, les règles, apparaissent comme une « maladie ». Contre laquelle elle entre dans une lutte aussi inutile que terrible.

Ouvrant les frontières entre est et ouest, Lola Lafon propose, dans un roman à la structure aussi solide qu’originale, une véritable réflexion sur la manière dont nos civilisations  se dotent d’idoles et les dévorent. Un roman magnifique et profond.

Lola Lafonn, La petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud, 320 p., 21 euros (14.99 euros en format numérique). Sortie le 8 janvier 2014.

« Les Russes ont fasciné le monde entier avec Spoutnik, et, comme les Etats-Unis, ils garderont leur supériorité militaire. la Roumanie, elle, fait de celle que Béla appelle ses ‘fillettes missiles’ le show mondial le plus adorablement fascinant avec l’arme suprême : la bombe Nadia C., qui exécute ce que des spécialistes américains évoquent en ces termes ‘de la démence,  pire, une impossibilité biomécanique.' » p. 115.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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