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Intégrale H. P. Lovecraft. Tome 2 « Les Montagnes hallucinées & autres récits d’exploration » : Ce livre est dangereux

Intégrale H. P. Lovecraft. Tome 2 « Les Montagnes hallucinées & autres récits d’exploration » : Ce livre est dangereux

27 juillet 2022 | PAR Julien Coquet

Deuxième tome de l’œuvre intégrale de Lovecraft, traduite par David Camus, Les Montagnes hallucinées & autres récits d’exploration nous conduit aux confins de l’horreur.

David Camus, le traducteur qui s’est penché de nombreuses années sur l’œuvre de Lovecraft, au point d’effleurer la déchéance mentale, souligne un parallèle amusant. Le premier tome de cette intégrale, Les Contrées du rêve, nous faisait voyager du bas vers le haut : l’ascension nous conduisait vers des cimes extravagantes, nous faisant parfois penser à de longs voyages imaginaires comme celui du Hobbit. Ce deuxième tome se rapproche plus d’un Dante aux Enfers : les narrateurs descendent. Et qui dit descente dit régression (souvenez-vous de Voyage au centre de la Terre de Jules Verne !). Le lecteur plonge littéralement « dans un abîme d’horreurs cosmiques que l’homme est incapable d’appréhender ».

Ce deuxième tome est constitué de huit nouvelles, deux de plus que l’édition de 2013 n’en proposait. On y trouve ainsi : « Dagon », « Souvenir », « Le Temple », « La Cité sans nom », « Prisonnier des pharaons », « L’appel de Cthulhu », « Les Montagnes hallucinées » et « Dans l’abîme du temps ». Ces deux dernières nouvelles sont d’ailleurs considérées comme les deux derniers chefs-d’œuvre de l’écrivain de Providence. Antarctique, déserts d’Arabie, Australie… ces nouvelles ont pour objectif d’explorer des lieux inconnus. La curiosité de l’homme étant insatiable par nature, les narrateurs de Lovecraft mettent bien souvent en garde le lecteur : ils écrivent pour que celui-ci n’aille pas plus loin.

David Camus rapporte d’ailleurs que les narrateurs ne sont pas des héros, mais avant tout des narrateurs porteurs d’histoires. Ils n’écrivent ni pour faire beau, ni pour se mettre en valeur dans des situations héroïques dont ils seraient sortis vainqueurs : « ils écrivent parce qu’ils le doivent, parce qu’ils y sont obligés ». Tels ces deux narrateurs de « Les Montagnes hallucinées », Dyer et Danfort, qui ne peuvent revenir indemnes de leur exploration d’une cité antique abandonnée au cœur de l’Antarctique. Ou encore le père et le fils de « Dans l’abîme du temps ».

À la lecture de ces huit nouvelles, on sera toujours surpris et parfois interloqué par la langue de Lovecraft si ardue (pensons au début de « Les Montagnes hallucinées »). Comme le disait l’auteur : « le seul lecteur que j’ai en tête est moi-même ». Expliquant le fait que les écrits de Lovecraft aient été restés presque confidentiels du temps de son vivant. Grâce soit rendue à David Camus pour son travail qui permet de nous rendre compte du génie de Providence.

Incipit de « Les Montagnes hallucinées » (traduction de David Camus) :
« Je suis obligé de prendre la parole parce que des hommes de science ont refusé de suivre mes conseils s’ils ne leur étaient pas expliqués. C’est donc contraint et forcé que j’expose les raisons pour lesquelles je suis fermement opposé à ce projet d’exploration de l’Antarctique – avec son importante chasse aux fossiles, et son programme intensif de forages et de fonte de l’ancienne calotte glaciaire. Et je le fais avec d’autant plus de réticence que mes avertissements resteront probablement lettre morte. »

Incipit de « Montagnes de la folie » (traduction de François Bon) :
« Me voici donc contraint de parler, puisque des hommes de science ont refusé de suivre des recommandations où je me dispensais du pourquoi. Et c’est aussi contre ma volonté initiale que je reviens ici avec mes raisons pour m’opposer à ce projet d’invasion de l’Antarctique – ses vastes terrains fossiles et la masse morne et ennuyeuse de ses vieux caps de glace – et je le fais avec d’autant plus de réticence que mes avertissements resteront probablement vains. »

Texte original en anglais de Lovecraft (“At the Mountains of Madness”):
“I am forced into speech because men of science have refused to follow my advice without knowing why. It is altogether against my will that I tell my reasons for opposing this contemplated invasion of the antarctic—with its vast fossil-hunt and its wholesale boring and melting of the ancient ice-cap—and I am the more reluctant because my warning may be in vain.”

Les Montagnes hallucinées & autres récits d’exploration. Tome 2 de l’Intégrale H. P. Lovecraft, traduit de l’américain par David Camus, Editions Mnémos, 304 pages, 22 €

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